Réussir Grandes Cultures 20 septembre 2013 à 10h35 | Par Propos recueillis par Nicole Ouvrard

Interview de Dominique Villette, InVivo. - « Tout concourt à un marché des engrais baissier »

Les prix de l’azote, du phosphate et de la potasse suivent une tendance baissière qui devrait se poursuivre à moyen terme, selon le spécialiste d’InVivo.

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Dominique Villette est responsable 
du département fertilisants d’InVivo.
Dominique Villette est responsable du département fertilisants d’InVivo. - © N. Ouvrard

Comment évoluent les prix des engrais azotés ?


C’est le marché de l’urée qui donne le ton. Les cours de l’urée se sont effrités depuis le début 2013, passant de 490 dollars US la tonne en février à 335 dollars le 20 août pour le Fob Égypte, au même niveau de prix qu’en septembre 2010. La demande a baissé ce printemps en raison des conditions climatiques défavorables dans l’hémisphère Nord et d’une consommation chinoise moins élevée que prévu. Quant à l’offre, les prix élevés des dernières années ont attiré des investisseurs. Une vingtaine de nouveaux ateliers vont entrer en service en Chine, deux en Algérie, un au Moyen-Orient et en Égypte. Ces nouvelles capacités de production pèsent sur les prix.



L’effet « gaz de schiste » américain est-il en cause ?


Non, pas pour l’instant parce que les nouveaux outils industriels ne sont pas encore en production. Mais dans deux ou trois ans, les États-Unis seront en mesure d’exporter de l’urée à des prix très compétitifs.


Le prix de la solution azotée suit-il la même tendance ?


La tendance est aussi baissière, même si le prix de la solution azotée n’est pas corrélé de façon exacte à celui de l’urée. Étonnamment, certains agriculteurs ont acheté leur solution azotée très tôt, dès avril 2013, alors que le prix de marché était autour de 220 euros la tonne départ Rouen. Pourtant, rien ne justifiait de se précipiter et nous avions déjà les éléments pour dire que les prix pouvaient baisser. D’ailleurs, la morte-saison a démarré sur une base plus faible, à 200-210 euros/tonne départ Rouen, ce qui reste encore élevé. Aujourd’hui, la baisse du prix des grains bloque les achats, ce qui fait pression sur les prix.


Et pour l’ammonitrate ?


Ce marché très localisé, avec deux fournisseurs qui représentent environ les trois quarts de l’offre, est difficile à anticiper. Les achats de morte-saison ont porté sur des volumes corrects. On se situait au 20 août légèrement en dessous de 300 euros la tonne vrac franco camion pour l’ammonitrate 33,5. Mais, ramené à l’unité d’azote, l’ammonitrate vaut presque 25 % de plus que l’urée, en intégrant le coût de transport depuis le port. Cela n’incite pas les acheteurs à se positionner. Les fabricants devront certainement ajuster leur prix.


Pour le phosphore, c’est le DAP qui est le baromètre. Qu’est-ce qui commande ce marché ?


Nous assistons à une tendance baissière continue depuis deux ans. L’acheteur dominant est l’Inde qui représente environ la moitié du marché mondial du DAP, dont les volumes d’achats dépendent essentiellement de sa politique de subvention envers tel ou tel engrais. Le reste du monde subit. Actuellement, les offres de DAP sur les ports européens sont à des prix autour de 520 dollars US (US$) la tonne, soit
5 US$/tonne de plus que le prix rendu Inde, alors que l’écart habituel se situe plutôt entre 30 et 60 dollars la tonne. Cela offre une perspective de baisse dans le court terme, d’autant que les cours du soufre et de l’ammoniac, qui entrent dans la fabrication du DAP, ont diminué aussi.


Du côté de la potasse, l’actualité se passe à l’Est avec la rupture fin juillet de l’accord commercial entre le producteur russe Uralkali et le biélorusse Belaruskali. Faut-il s’attendre à des conséquences en Europe ?


Il faut rester très prudent face à cet événement. Certes, les prix ont dévissé d’environ 20 à 30 US$/tonne sur le marché international depuis cette annonce fin juillet. Mais avant cela, les prémices d’une réduction des cours étaient déjà perceptibles. On sait que ce marché de la potasse est extrêmement concentré et que les producteurs doivent réajuster à la baisse leur volume de production au risque de voir s’effondrer les prix. Or, au contraire, de nombreux projets d’ouverture de nouvelles mines sont engagés. Dans ce contexte, la meilleure stratégie, c’est d’attendre.

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