Réussir Grandes Cultures 29 avril 2011 à 15h56 |

STRIP-TILL - Travailler moins le sol au semis pour gagner plus

Originaire du Middle West américain, la technique du strip-till — qui consiste à ne travailler profondément qu’une faible bande sur le rang — perce en Europe et en France. Et pour cause : gains de temps, de carburant, de rendements et bénéfices agronomiques à moyen terme.

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photo ITB Aube Yonne Optill-Diffusion Optill-Diffusion

La technique du strip-till a fait ses premiers pas en France il y a quelques années et semble prendre de l’essor. Le principe est simple : ne travailler qu’une faible bande de terre sur la ligne de semis pour des cultures à fort espa- cement entre rangs (maïs, colza, tournesol, betteraves...) principalement semées au mono- graine.

« C’est un bon compromis entre le travail du sol sans labour classique, pour préparer et réchauffer le sol avant implanta- tion, et la technique du semis direct, explique Damien Brun, ingénieur en travail du sol à Arvalis-Institut du végétal. L’un des buts est de limiter l’érosion. » « Sur les terres très sensibles, le sol reste bien en place, poursuit Pascal Amette, délégué régional de l’institut technique de la betterave sur l’Aube et l’Yonne. Qui plus est, le ressuyage est meilleur tout comme la portance lors des conditions de récolte. Mais aussi, quand on reprend le sol pour une autre culture, il est plus sain. »

RÉCHAUFFEMENT ET ÉMIETTEMENT DU SOL

Le fait de laisser une grande partie de la surface non travaillée favorise le développement des micro-organismes et un retour massif des vers de terre, comme l’observent unanimement les agriculteurs qui le pratiquent. Contrairement au semis direct peu favorable à la germination de certaines cultures comme la bette- rave, le strip-till génère un réchauf- fement et un émiettement du sol procurant un lit de semences favorable à une levée rapide.

« Comparée à d’autres techniques de culture sans labour, nous observons une meilleure levée des betteraves, explique Pascal Amette, qui expérimente le strip-till depuis six ans sur terres argileuses dans l’Yonne et depuis trois ans en Champagne crayeuse. Réchauffée, la terre peut être ensemencée plus facilement que derrière d’autres techniques sans labour, tout en gardant une certaine fraîcheur favorisant la germination, notamment dans les argiles asséchées en superficie. »

En ameublissant à 15-20 centimètres, le strip-till favorise le développement des racines pivotantes. En terres blanches et en semis combiné, il n’y a pas de tasse- ment par les roues de tracteur. Comparé aux techniques sans labour classiques, le strip-till engendre beaucoup plus de betteraves avec une belle racine pivotante, donc moins de betteraves fourchues, diffi- ciles à nettoyer et fragiles en termes de conservation. En betteraves, Pascal Amette a observé un meilleur développement racinaire, avec des rendements en moyenne 4 à 5 % supérieurs (et même jusqu’à 11 %) à ceux observés avec d’autres techniques sans labour. Dans ses essais sur maïs aux États-Unis, l’agronome américain Mike Petersen a également montré un développement plus important des racines en strip-till comparé à un travail superficiel classi- quement pratiqué dans le Middle West. Si sur le rang travaillé au strip-till, le travail profond favorise l’oxygénation, donc la minéralisation de la matière organique, le taux d’humus tend à s’enrichir entre les rangs. Huit années de mesures réali- sées par l’USDA (centre de recherche du ministère américain de l’Agriculture) ont montré une minéralisation de la matière organique fortement réduite en strip-till par rapport à du non-labour classique. Il en découle une amélioration de la teneur en matières organiques du sol, donc un accroissement de la réserve utile du sol et de la résistance à la sécheresse.

LES ADVENTICES CONTRECARRÉES

Mais le bénéfice le plus immédiat est certainement le gain de temps et de carbu- rant. « En ne travaillant qu’un tiers à un quart de la surface, le besoin en puissance de traction est réduit par rapport à un travail sur toute la largeur, explique Damien Brun. En conséquence, la consom- mation de carburant à l’hectare baisse. » Quant aux phytosanitaires, le fait de ne pas remettre en germination les adven- tices sur les bandes non travaillées limite leur développement. De plus, les résidus laissés sur place, ou les couverts végé- taux implantés à l’automne, créent un effet écran contre les mauvaises herbes, laissant du temps à la culture implantée pour recouvrir le sol. En revanche, laisser les résidus en surface peut augmenter le risque de transmission de maladies fongi- ques, notamment en maïs sur maïs.

CHOIX DE MATERIEL

Trois types de strip-till

Le marché du strip-till se compose d’appareils à travail superficiel et d’appareils à travail profond de type français ou américains.

Concrètement, ces appareils reprennent sensiblement la même construction. Chaque rang est en général doté au minimum d’un disque ouvreur qui coupe les résidus végé- taux en surface, suivis de deux chasse-débris en étoile qui écartent ces résidus de la ligne de semis. Vient ensuite la dent, bien souvent jouxtée de disques gaufrés qui affinent et génèrent un petit billon. Enfin, un rouleau escamotable ferme la marche.

« On distingue néanmoins trois types de strip-till, détaille Damien Brun. Le strip-till américain qui travaille en profondeur sur une certaine largeur en générant un billon, le strip-till à la française (Duro, Jammet), qui fouille profond en perturbant au minimum les différents horizons du sol, et le strip-till superficiel où les dents sont remplacées par des disques gaufrés (système Dawn). »

DÉCOMPOSÉ OU COMBINÉ AVEC LE SEMOIR

Quel que soit l’appareil, en décomposé ou en combinaison avec le semoir, il est indispensable de le choisir avec le même nombre de rangs. Beaucoup de ces appareils peuvent être équipés d’un système d’incorporation d’engrais, lors du passage précédant ou accompagnant le semis. L’apport d’engrais sur le rang est néces- saire au succès du strip-till. En localisant l’apport, certains agriculteurs réussissent à réduire la dose à l’hectare.

Le choix de la date ou des passages se raisonne de la même façon qu’une prépa- ration au labour ou en technique sans labour classique. Il dépend surtout de la nature du sol. Dans le cas de taux d’ar- gile élevés, un passage automnal éventuellement suivi d’un passage au printemps (au-delà de 30-40 % d’argile), quelques jours à trois semaines avant le semis, est conseillé. « Attention cependant à la plus grande sensibilité du strip-till dans des conditions collantes, en comparaison avec le labour, prévient Arnaud Grosbois, le dirigeant d’Optill Diffusion, qui importe les strip-tills américains Orthman. Il faut passer assez tôt à l’automne en conditions suffisamment sèches. » En limon et sable, un unique passage peu avant le semis peut être suffisant. Plusieurs constructeurs de strip-till encouragent le passage en décomposé pour plusieurs raisons : le porte-à-faux en combinaison strip-till/semoir impose un rééquilibrage du tracteur avec un lestage frontal conséquent, ce qui augmente la compac- tion. Par ailleurs, « il faut laisser le temps au sol de se réchauffer et de se ressuyer, voire de s’affiner dans le cas de l’argile », poursuit Damien Brun. Enfin, pour être efficace, le passage de strip-till doit être réalisé à une vitesse de travail de 8 à 10 km/h, quand on peut difficilement dépasser les 7 km/h avec un monograine.

REPRISE NATURELLE DANS LES PASSAGES

Reste qu’en décomposé, il peut sembler difficile de passer avec le semoir précisément là où est passé le strip-till. Les constructeurs s’accordent à dire qu’il suffit de débrider les stabilisateurs pour laisser le semoir s’enrailler naturellement dans les passages travaillés.

Pascal Amette reconnaît cependant que dans le cas d’un unique passage de strip-till à l’automne, l’utilisation de l’autoguidage, et notamment de type RTK, s’avère très utile pour implanter précisément les betteraves au printemps.



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ERIC GILBERT | 15 janvier 2012 à 22:43:50

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