Réussir Grandes Cultures 01 septembre 2009 à 12h52 | Par Gabriel Omnès

PATRICK DE FRIBERG, ÉCRIVAIN - « La manipulation génétique est un vrai sujet de thriller »

Avec « Le Dossier Déïsis », Patrick de Friberg plonge le lecteur dans un roman d’espionnage mêlant OGM, abeilles tueuses et services secrets.

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L’alimentation de la planète et la sélection agronomique sont au coeur de votre roman. Pourquoi ce thème ?

D’abord parce que l’agriculture ne m’est pas étrangère, puisque je suis issu d’une famille de producteurs dans les Antilles. D’autre part, j’ai fréquenté des amis agriculteurs dans la Beauce, où j’ai vécu trois ans. La vision de ces champs à perte de vue m’a toujours impressionnée. Elle est probablement à l’origine de ce rêve d’une planète verte que porte le roman. À l’opposé de cela, il y a mon expérience de l’Afrique, avec la faim, la sécheresse, les manoeuvres des commerciaux des grosses sociétés céréalières américaines… Cela a façonné la dialectique du roman: d’un côté un chercheur idéaliste en quête du maïs qui nourrira l’humanité, de l’autre la récupération de ce rêve, qui le transforme en catastrophe humanitaire. Ce nouveau maïs transgénique tourne au désastre.

C’est une charge contre les OGM ?

Non. Ce qui m’intéresse dans la manipulation génétique, c’est son côté Docteur Jekyll et Mister Hyde. Elle fait rêver les industriels et effraie des populations mal informées. Cette opposition constitue un vrai support de thriller, qui consiste à jouer avec la peur du lecteur pour l’amener à réfléchir. Tous les scientifiques que j’ai interrogés m’ont expliqué qu’il y a des solutions pour nourrir le monde entier, notamment grâce aux manipulations génétiques du maïs ou du blé. On a les outils, on a les personnes, mais rien ne bouge. Ce livre est un coup de gueule contre une écologie transformée en religion, qui professe une peur millénariste de fin du monde, mais aussi contre une posture anti-écologique où l’on retrouve le même extrémisme. Pour moi, être contre les OGM aujourd’hui est une aberration, tout comme être totalement pour.

Vous présentez toutefois les chercheurs comme des apprentis sorciers.

Je ne suis pas d’accord avec vous. Ismaïlovski, le chercheur au coeur de l’intrigue, est un grand naïf qui veut trouver la semence parfaite pour sauver l’humanité. Mais on le fait disparaître avant qu’il soit allé au bout de ses travaux. Je laisse planer le doute : peut-être aurait-il pu corriger les problèmes engendrés par ce maïs. Les chercheurs sont des rêveurs qui ne comprennent pas l’inquisition anti-OGM. Mais parallèlement à cela, dans l’enquête que j’ai faite pour écrire le livre, j’ai vu de grands labos et des sociétés industrielles qui ne recherchent que la rentabilité financière et la protection de leurs marchés. Les apprentis sorciers ne sont pas les chercheurs, mais les financiers et les politiques qui laissent mettre en place des systèmes non protégés conduisant à des catastrophes.

Vous comparez l’arme alimentaire à une « bombe verte »…

C’est le sujet des futures guerres modernes. La stagnation du rendement des productions agricoles mondiales et le problème des surfaces cultivées va nous conduire aux conflits. On l’a vu l’an dernier avec les tensions financières causées sur le marché du maïs par un pourcentage minime utilisé pour l’énergie, et avec les émeutes de la faim. On est sur un seuil où tout peut exploser. Un agent de la DGSE(1) m’a dit un jour que l’espionnage, d’État ou privé, était plus important dans le monde agroalimentaire que dans l’industrie chimique. ! Propos recueillis par Gabriel Omnès (1) Service de renseignement extérieur français.

 

PORTRAIT

• Patrick de Friberg est écrivain. Ce Canadien a exercé les métiers de plongeur, de directeur de banque, de consultant dans de nombreux pays. Le Dossier Déïsis est son premier roman publié en France, aux éditions du Castor Astral.

 

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