Réussir Grandes Cultures 16 octobre 2017 à 08h00 | Par Christian Gloria

Un GIEE dévolu au pois d’hiver

Hors de ses bastions plus continentaux, le pois d’hiver est cultivé en Seine-Maritime avec un itinéraire technique adapté. La culture fait l’objet d’un groupement d’intérêt économique et environnemental (GIEE) impliquant une douzaine d’agriculteurs.

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Les gousses étaient bien remplies fin juin. Le pois d'hiver fait l'objet de quelques contrats de production en Seine-Maritime.
Les gousses étaient bien remplies fin juin. Le pois d'hiver fait l'objet de quelques contrats de production en Seine-Maritime. - © C. Gloria

Des agriculteurs qui s’associent pour soutenir le pois d’hiver : voilà qui est original. Dans le secteur entre pays de Bray (Seine-Maritime) et Picardie, des producteurs ont choisi le pois d’hiver comme culture protéagineuse, sur les conseils de François D’Hubert, de la chambre d’agriculture de Seine-Maritime. Ils se sont constitués en GIEE en août 2015 avec la dénomination « Association pois d’hiver en pays de Bray ». Dominique Sallé en est le président. « J’ai cultivé un hectare de pois d’hiver en 2014. Le rendement a été de 65 q/ha pour une culture sur laquelle je me suis peu investi, se remémore l’agriculteur qui est à la tête d’une exploitation de polyculture élevage (140 hectares) à Hodeng-au-Bosc (1). En 2015, j’ai semé, le 30 octobre, huit hectares de la variété Enduro avec une densité plus faible pour un résultat impeccable : 68 q/ha et je ne suis pas intervenu plus qu’en 2014/2015 : pas d’azote, une petite dose d’herbicide, deux fongicides et un insecticide. La marge était meilleure que pour mes blés. » La machine est lancée. Le pois d’hiver gagne ses galons par rapport aux autres protéagineux qui déçoivent le plus souvent. La féverole est attaquée durement par la bruche sans qu’une solution efficace de lutte ne soit disponible. Le pois de printemps est très tributaire des conditions climatiques du printemps tout en étant touché par l’Aphanomyces.

Faible exigence en intrants

L’adhésion à un GIEE facilite l’accès à certaines subventions. Le financement va pour partie à la chambre d’agriculture qui affecte François d’Hubert sur l’équivalent de 22 jours dans l’année pour l’accompagnement du GIEE. À l’établissement UniLasalle de Mont-Saint-Aignan, un enseignant-chercheur en bénéficie également pour ses recherches sur l’Aphanomyces. De quoi ouvrir des pistes aux exploitants pour développer la culture.

Le pois d’hiver présente l’intérêt d’être peu exigeant en intrants (voir tableau) avec des interventions qui entrent peu en concurrence avec celles des autres productions du secteur. Pour qui cherche à introduire une légumineuse dans la succession culturale, c’est une bonne réponse. « Sa moisson se situe entre celles des escourgeons et du blé, alors que la récolte du pois de printemps intervient souvent en même temps que celle du blé et que la féverole se récolte trois semaines à un mois plus tard, obligeant à ressortir les machines », précise François d’Hubert.

Dominique Sallé souligne le soin à apporter au semis de cette culture. « Je prépare le sol comme s’il s’agissait d’un semis de printemps avec un labour, le passage d’une herse portée à dent. Puis le semis est réalisé avec vibroculteur et tasse-lignes. La préparation de la bonne implantation se termine par le passage d’un rouleau. »

Dominique Sallé, agriculteur à Hodeng-au-Bosc (Seine-Maritime).
Dominique Sallé, agriculteur à Hodeng-au-Bosc (Seine-Maritime). - © C. Gloria

Une progression dans le secteur de 130 à 500 hectares en un an

Le GIEE a compté huit agriculteurs à sa création. La réussite du pois d’hiver a fait des émules jusqu’en 2016 puis… patatras ! « Nous avons bu le bouillon l’an dernier, signifie François d’Hubert. Nous avons subi des attaques de bactériose et de la chlorose ferrique pour des rendements de 0 à 30 q/ha, selon les cas. » Cette situation a été d’autant plus dommageable que les surfaces dans le secteur étaient passées de 130 hectares à 500 hectares en l’espace d’un an. En 2017, beaucoup d’agriculteurs qui s’étaient lancés ont donc abandonné le pois d’hiver. Le GIEE est malgré tout passé à douze agriculteurs, tous des éleveurs qui en tirent un débouché pour l’alimentation de leur élevage ou le vendent via un distributeur.

Des agriculteurs ont passé des contrats de production sur la base d’un prix de 230 euros la tonne et un engagement de production à 40 q/ha. Début juillet, les perspectives de production étaient plutôt bonnes pour une récolte qui devait se dérouler vers le 25 du mois. « Avec un prix de l’ordre de 220 euros la tonne sur le marché, on peut espérer plus de 700 euros de marge à l’hectare comme pour le colza, envisage François d’Hubert, sans compter que le protéagineux bénéficie de l’aide couplée sur les protéines végétales qui s’élevait à 116 €/ha en 2016. » Les agriculteurs tirent également parti de l’éligibilité aux surfaces d’intérêt écologique (SIE) du pois d’hiver. Mais l’interdiction d’y utiliser des phytos à compter de 2018 risque de lui porter préjudice.

- © Infographie Réussir

Trois nouveaux pois d’hiver

Inscrites en 2016, trois nouvelles variétés de pois d’hiver sont disponibles pour les prochains semis. Myster (RAGT Semences) se distingue par sa bonne résistance au gel tout comme des inscriptions récentes telles Gangster, Balltrap, Dexter et Fresnel. Autre atout : sa teneur élevée en protéines. Flokon et Furious sont les deux autres nouvelles variétés, proposées par Agri Obtentions. Les essais Terres Inovia laissent transparaître une régularité et un haut niveau de rendement avec ces variétés, davantage qu’avec Myster. Les résultats ont toutefois été obtenus dans les conditions particulières de l’année 2016, faut-il préciser. L’ensemble des variétés a progressé sur la tenue de tige et, pour répondre à la recherche de forts PMG, c’est Fresnel qui y répond le mieux ainsi qu’Indian. Mais celle-ci est sensible au gel.

 

(1) 140 hectares : 70 de blé tendre, 22 de maïs ensilage, 4 de betterave sucrière, 6 d’orge d’hiver, 5 de pois d’hiver, une trentaine de prairies permanentes ; Élevage laitier et taurillons : 160 têtes.

 

François d'Hubert, chambre d'agriculture de Seine-Maritime : " Nous préconisons des densités de semis de 50 à 60 grains/m2 pour assurer une récolte sur des pois restés debout. "
François d'Hubert, chambre d'agriculture de Seine-Maritime : " Nous préconisons des densités de semis de 50 à 60 grains/m2 pour assurer une récolte sur des pois restés debout. " - © C. Gloria

Des conseils en décalage avec ceux de Terres Inovia

Conseiller à la chambre d’agriculture de Seine-Maritime, François d’Hubert préconise des densités de semis entre 50 et 60 grains au m2, ce qui se situe bien en deçà de celles recommandées par Terres Inovia. Dans son guide de culture Pois 2017, l’institut technique préconise des densités de 80 à 90 graines au m2 en sols caillouteux voire 115 en sols crayeux, ce qui est absurde selon François d’Hubert. « Il n’y a pas de dominance apicale chez le pois d’où la production de 2 à 3 tiges de ramification. Ainsi, un peuplement de 40 plantes au mètre carré peut produire 120 tiges. » Une densité trop élevée fait courir le risque de verse, ce qui s’était produit en 2014 chez Dominique Sallé. « J’avais semé à 80-90 pieds au m2 et les pois se sont retrouvés tous par terre à maturité. La récolte a été difficile. J’ai réduit ma densité les années suivantes avec de meilleures tenues du pois à la clé. »

Maladies pas trop présentes en Seine-Maritime

D’autre part, une densité de végétation trop forte favorise le développement des maladies aériennes. D’ailleurs, Terres Inovia déconseille la culture du pois d’hiver à proximité de la bordure maritime, de la Bretagne jusqu’au Nord-Pas-de-Calais, « car le climat plus doux et humide favorise le développement de maladies aériennes ». Dans le secteur de Seine-Maritime, se situant à quelques dizaines de kilomètres de la mer où sont les producteurs du GIEE, ces maladies ne se sont pas trop montrées à l’exception de l’année 2016 exceptionnellement humide en mai-juin. « Les variétés sont devenues très saines. Jusqu’à l’ouverture des premières fleurs début mai, il n’y a pas besoin de faire de traitement fongicide grâce à cette tolérance variétale », remarque François d’Hubert. Rien ne vaut les expériences locales pour juger de l’adaptabilité d’une culture.

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