Réussir Grandes Cultures 29 janvier 2012 à 19h07 | Par Christian Gloria

Traitements - Faire trois rinçages pour éviter les phytotoxicités

Les accidents sur colza après un traitement herbicide sur céréales sont là pour le rappeler : il est impératif de bien rincer son pulvérisateur entre deux traitements, avec trois rinçages au minimum.

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Le rinçage de son pulvérisateur au champ est autorisé sous
certaines conditions régies par l’arrêté du 12 septembre 2006.
Le rinçage de son pulvérisateur au champ est autorisé sous certaines conditions régies par l’arrêté du 12 septembre 2006. - © S. Leitenberger

Deux rinçages à l’eau ne suffisent pas ! » Le nettoyage d’un pulvérisateur après un traitement doit être soigné, d’autant plus si l’on passe d’un désherbage avec un herbicide de type sulfonylurée à un autre traitement sur une culture différente. « Les cas de phytotoxicité sur colza suite à une intervention avec une sulfonylurée sur céréales ne sont pas rares, même s’ils ont tendance à diminuer, exprime Frank Duroueix, Cetiom. Avec le temps, on aurait pu imaginer une prise de conscience plus importante des risques de la part des agriculteurs. » Le colza est une culture particulièrement sensible aux herbicides de la famille des sulfonylurées actuellement sur le marché (1) mais pas seulement. Les tournesols, betteraves, voire maïs peuvent souffrir des conséquences d’un pulvérisateur mal rincé après le désherbage d’une céréale. Les situations de risques sur colza se situent plus particulièrement en sortie d’hiver ou au début de printemps. « Souvent les premiers insecticides utilisés sont des formulations chargées en solvant qui décapent bien le pulvé. Les risques de phytotoxicité de résidus d’herbicides sont importants lors de ce type de traitement », souligne Frank Duroueix.

BIEN NETTOYER LES CIRCUITS

Dans le nettoyage de son pulvérisateur, il y a des pièges à éviter. « L’appareil comporte des circuits secondaires (retour en cuves) et tout un circuit d’incorporation des produits phyto qui sont des sources de danger pour les traitements futurs. S’il y a un mauvais rinçage de ces conduits, il se produit une redilution des molécules restantes dans toute la bouillie phytosanitaire à épandre, ce qui affectera l’ensemble de la parcelle traitée, précise Benjamin Perriot, du pôle Agronomie d’Arvalis. On observe parfois des problèmes de phytotoxicité en entrée de parcelle avec souvent une zone grillée en V, témoignant de résidus restant dans la rampe. » Benjamin Perriot conseille, à la préparation de chaque bouillie, de terminer l’incorporation des produits à l’eau claire de façon à nettoyer le circuit d’incorporation avant le démarrage de la pulvérisation. « Quand l’agriculteur aura terminé son application, il n’aura plus qu’à rincer le circuit principal de son pulvérisateur. » À ce stade, le producteur procédera à plusieurs rinçages pour éliminer les résidus de produits dans les conduits, les filtres et sur la paroi de la cuve (voir encadré).

PAS DE NETTOYANT AU CHAMP

« Les pratiques de rinçage sont régies dans l’arrêté du 12 septembre 2006, rappelle Benjamin Perriot. Il y a deux modes de gestion des effluents phytosanitaires (eaux de rinçage et fond de cuve) qui sont considérés comme des déchets dangereux : au champ ou sur le siège de l’exploitation. » Pour le spécialiste d’Arvalis, en suivant scrupuleusement le mode opératoire de rinçage du constructeur et en réalisant un nombre de séquences de rinçage suffisant( 2), l’agriculteur échappera à la majorité des problèmes de phytotoxicité. Des produits nettoyants sont conseillés après l’usage de sulfonylurées ou d’autres herbicides. « Quand on n’est pas sûr à 100 % d’avoir bien rincé son pulvérisateur avec tous les pièges que cela comporte, on peut se rassurer en ayant recours à ces produits. Mais ceux-ci ne sont pas homologués pour être épandus au champ alors que la majorité des rinçages s’effectuent dans ces conditions. On ne peut les utiliser que si l’on a un dispositif de retraitement des effluents de rinçage », précise Benjamin Perriot. Bayer CropScience et DuPont conseillent des nettoyants comme All Clear Extra ou Vegenet.

De nombreux autres produits sont proposés aux agriculteurs. « Il faut se méfier des produits du commerce avec une dénomination antisulfonylurées mais qui n’ont pas été testés pour cela », alerte Christian Piekacz, responsable technique national chez DuPont. Cette société propose ses antidicotylédones à base de sulfonylurées sous de nouvelles formulations de technologie dite SX (granulés solubles SG). « Avec une complète solubilité de la préparation, on peut se dispenser des produits nettoyants pour les rinçages de son pulvérisateur », précise Christian Piekacz. Ce nettoyage est important après tous les traitements herbicides, pas seulement les sulfonylurées, ajoute-til. Attention aux idées reçues.Un ou deux traitements fongicides ne nettoient pas un pulvé de façon efficace des résidus d’herbicides( 3). » Rien ne vaut un bon nettoyage à l’eau claire ou avec les nettoyants de son distributeur.

Christian Gloria

(1) DuPont prépare la mise en marché de l’éthametsulfuron, sélectif du colza. (2) www.arvalis-infos.fr, thème Techniques culturales-Machinisme. Outil en ligne « rinçage de pulvérisateur ». (3) Ni même une solution azotée, selon le Cetiom.

Procédure : Prendre le temps de bien rincer

Dans tous les cas, suivre le protocole de rinçage spécifique à chaque pulvérisateur.

1- Pulvériser jusqu’au désamorçage de la pompe.

2 - Diluer le fond de la cuve avec un volume d’eau claire au moins égal à cinq fois ce volume restant, en veillant au bon nettoyage des parois.

3 - Sans pulvériser, faire circuler ce fond de cuve dilué dans l’ensemble des circuits.

4 - Pulvériser la dilution sur la parcelle traitée jusqu’au désamorçage de la pompe.

5 - Renouveler ces opérations avec de l’eau claire autant de fois que nécessaire (généralement trois séquences de rinçage) pour diviser la concentration du fond de cuve initial d’un facteur 100 au minimum.

6 - Nettoyer les filtres et buses.

7 - Vidange possible de l’ultime fond de cuve (au champ ou sur une aire de lavage disposant d’équipement pour recueillir et stocker les effluents phyto). L’arrêté du 12 septembre 2006 apporte d’autres spécifications pour éviter les pollutions ponctuelles.

Source : Arvalis et Cetiom.

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