Réussir Grandes Cultures 17 juin 2005 à 14h19 | Par Christian Gloria

Techniques culturales sans labour - Itinéraires plus légers sans perte de résultat

Pascal Cotton-Haller voulait produire le moins cher et le plus propre possible. L´adoption de techniques culturales sans labour répond à cette volonté.

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« Le changement a commencé en 1987. J´ai réduit la profondeur du déchaumage. Par la suite, j´ai cultivé mon blé sans labour et enfin j´ai adopté la technique du non labour à l´ensemble de mes cultures, y compris celles de printemps. » Pascal Cotton-Haller, qui exploite 65 ha dans la Marne, résume les modifications de ses pratiques de préparation du sol sur quinze ans. Avant 1987, il pratiquait le labour. « Maintenant, le travail du sol se limite à deux ou trois passages de herse rotative puis semis direct. Le sol est travaillé sur 1 à 3 centimètres de profondeur », précise l´agriculteur marnais. Quel a été l´élément déclencheur de l´abandon du labour ? « J´ai connu des problèmes de fertilisation avec des blocages induisant des carences suite à l´apport d´engrais de fond. Le sol agissait comme un panier percé où il me fallait apporter beaucoup d´engrais. La cause semblait venir d´une structure du sol trop remuée. J´ai pu voir des cas où l´on pouvait remédier à ce problème en agissant sur la structure. Je suis donc passé au non labour et les blocages se sont estompés. »
Compenser les exportations des grains
Du même coup, Pascal Cotton-Haller a pu réduire ses charges sur la fertilisation. « Je calcule les quantités d´engrais à apporter de façon à compenser les exportations des grains et en me fiant aux analyses de sol. Avant le non labour, je devais apporter l´équivalent d´une fois et demie à deux fois les exportations. Maintenant, les quantités d´engrais n´excèdent pas les exportations. »
Les dates d´apports d´engrais diffèrent entre des parcelles labourées et celles en non-labour comme le rappelle David Morin, chargé du suivi des cultures sur l´exploitation. « Nous devons anticiper d´environ deux semaines sur des cultures en non-labour par rapport à des cultures conventionnelles. Dans nos structures de sol, les éléments fertilisants mettent plus de temps à s´infiltrer et donc à atteindre les racines. Nous devons en tenir compte. »
L´absence de labour oblige à mettre en oeuvre des conditions optimales de biodégradation. Cela passe par moins de paille en interculture. « A titre d´exemple, Shango a une paille difficile. Je lui préfère Charger ou Isengrain qui produisent moins de paille et qui se décompose mieux. »

Pascal Cotton-Haller diminue également sa densité de semis. « En colza, je suis passé de 3 kg/ha de semences en semoir de précision à deux kilos en semoir polyvalent. J´apporte moins d´azote. Je produis donc moins de matière végétale à l´hectare avec une marge qui reste inchangée, certifie-t-il. Avec moins de résidus de culture, il y a moins de problème de consommation par les organismes du sol. » L´utilisation d´une moiss´-batt´ CaseIH Axial Flow contribue aussi à une meilleure décomposition des pailles avec un broyage fin et un fauchage assez ras.
Ne plus retourner la terre laisse les résidus sur quelques centimètres en surface du sol pour produire au final une structure souple.

Il faut plus ou moins d´années pour arriver à ce résultat et c´est la phase de transition qui s´avère délicate. Pour les sols limoneux, cette période sera plus longue que pour les autres types de sols. Pascal Cotton-Haller le sait en connaissance de cause puisque pour les 180 hectares qu´il a repris en 2002 dans la Meuse, différents types de sols se rencontrent dont des limons battants. « Sur les deux premières années en semis direct sur ces sols, les rendements ont baissé par rapport aux pratiques antérieures alors que sur d´autres terres, ils augmentent. En même temps, les coûts de mécanisation et de production ont diminué. » L´agriculteur se laisse le temps de parvenir à une structure du sol souple en surface qui signifiera l´arrivée à une certaine maturité.
Les techniques sans labour produisent un sol souple en surface avec les résidus de culture ©ici en bas : sol gratté en surface sur quelques centimètres . ©D. R.

Les désherbants remplacent le labour contre les adventices
Le passage aux techniques culturales simplifiées peut rendre délicate la gestion des mauvaises herbes. « La flore adventice a évolué avec le développement de chardon, de laiteron ou encore de gaillet par exemple, concède le producteur. On n´a plus de labour profond pour nettoyer les parcelles mais les désherbants. Cette nouvelle donne nous amène à penser la lutte contre les adventices sur la longueur de la rotation culturale. » Pascal Cotton-Haller utilise systématiquement le Roundup avant les semis à des doses variant selon les adventices en présence. Après un temps d´adaptation à la nouvelle flore adventice, il estime avoir diminué sa charge en herbicides sélectifs sur culture par rapport à la période où il pratiquait le labour.
Sur le plan des ravageurs, Pascal Cotton-Haller a pu constater le développement des limaces quelques années après son abandon du labour. « Mais quelques temps plus tard, leur présence était nettement moins forte. J´attribue ce changement à un sol qui a atteint son équilibre sur le plan biologique, avec le développement d´auxiliaires consommateurs de limaces comme les carabes. Mais nous sommes confrontés à un problème majeur en Champagne en semis direct : la forte présence de rongeurs (des mulots) gros consommateurs de plants. Il faudra sans doute un passage de disques pour diminuer cette population. » On ne gagne pas sur tous les tableaux.

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