Réussir Grandes Cultures 06 octobre 2014 à 08h00 | Par Christophe Reibel

Stop au maïs ensilage dans les méthaniseurs en Allemagne

Les agriculteurs allemands ne sèmeront pas davantage de maïs pour alimenter leurs unités de méthanisation. Une nouvelle réglementation fige la situation existante.

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Le taux de couverture des besoins en électricité de l'Allemagne par des sources renouvelables est actuellement de 25 %.
Le taux de couverture des besoins en électricité de l'Allemagne par des sources renouvelables est actuellement de 25 %. - © A. Conté / archives

L’Allemagne s’est donnée des objectifs ambitieux en matière de production d’électricité. La loi sur les énergies renouvelables « EEG 2014 » vise à couvrir de 40 à 45 % des besoins du pays par des sources renouvelables en 2025, de 55 à 60 % en 2035 avec pour but ultime les 80 % à l’horizon 2050. Rappelons que ce taux de couverture est actuellement de 25 %. L’essentiel de la progression attendue doit venir de l’éolien maritime et terrestre ainsi que du solaire. En comparaison, l’apport supplémentaire par la biomasse sera limité même si en 2050 sa contribution sous forme de chaleur, d’électricité et de carburant pourrait s’élever, selon une estimation de l’agence pour les énergies renouvelables (FNR), à 23 % des besoins. Contrairement à ses devancières de 2000, 2004, 2009 et 2012, la loi de 2014 marque un virage dans la politique énergétique allemande. Elle confine le maïs ensilage à la place qui est la sienne à l’été 2014.


La suppression de la prime au tarif de base entame la rentabilité des projets


« Les unités mises en service depuis le 1er août 2014 ou les existantes qui s’agrandissent doivent se contenter d’un tarif de base de 0,11 euro le kilowattheure. La prime de 0,7 euro par kilowattheure accordée jusque-là est supprimée dans la plupart des cas(1). Sans elle, la rentabilité économique d’un projet est illusoire », explique Jörg Messner, conseiller en méthanisation dans le sud de l’Allemagne. Le gouvernement allemand avance deux éléments pour justifier sa décision de freiner l’expansion des surfaces de maïs. D’une part l’impact de l’extension de la culture est de plus en plus visible dans le paysage. D’autre part, la contribution de 6,2 cents demandée aux particuliers pour chaque kilowatt produit à partir d’une source renouvelable pèse lourd dans le coût de 27 à 28 cents/kilowattheure facturé aux clients. « La nouvelle loi doit enrayer la hausse du coût des énergies renouvelables », martèle le ministère de l’Économie et de l’Énergie.


Un tiers du maïs cultivé englouti dans les digesteurs


Les 7 960 unités de méthanisation recensées en Allemagne fin 2013 ont englouti l’an passé les récoltes de 1 157 000 hectares. Avec ses 832 000 hectares (+ 2,7 % en un an), le maïs a été, à côté des plantes ensilées entières et l’herbe, le principal pourvoyeur des digesteurs. Ce volume représente un tiers des 2 490 000 hectares consacrés à la culture en 2013. Avec le statu quo imposé par la nouvelle loi, certains agriculteurs sont déçus par l’impossibilité de développer leurs unités. D’autres espèrent que la pression sur le prix des fermages qui atteignent les 1 200 euros l’hectare, voire plus, comme en Basse-Saxe, se relâche. Dans une petite dizaine d’années, les premières unités de méthanisation démarrées au début des années 2000 devront évaluer leur rentabilité dans un contexte où leur clause de garantie de prix sur vingt ans sera échue. D’ici là, la recherche s’est fixée pour but de trouver des matières premières (betterave, sorgho, orge…) et des techniques pour faire de la filière méthanisation une activité viable sans soutiens publics.


(1) La prime de 0,7 euro subsiste pour les projets d’une puissance maximum de 75 kWh et les élevages qui font tourner leur digesteur à 80 % avec du lisier et du fumier.

 

Voir aussi article Biogaz : les céréaliers s'y mettent.

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