Réussir Grandes Cultures 01 novembre 2012 à 23h39 | Par Nicole Ouvrard

SOUTIEN AU SECTEUR ANIMAL - Les contrats interfilières au point mort

Les intentions étaient louables, mais les tentatives de mise en place de contrats entre céréaliers et éleveurs ont pour l’instant échoué. Seules quelques opérations sur des coproduits fonctionnent bien localement.

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La contractualisation interfilière pourrait
permettre d’atténuer les fluctuations extrêmes
des prix des matières premières utilisées
dans l’aliment des volailles et des porcs.
La contractualisation interfilière pourrait permettre d’atténuer les fluctuations extrêmes des prix des matières premières utilisées dans l’aliment des volailles et des porcs. - © A. PUYBASSET

Avec la hausse des matières premières agricoles, les éleveurs sont pris en tenaille entre le prix de l’aliment du bétail qui monte et ceux des produits alimentaires que la grande distribution refuse d’augmenter. « Des pans entiers de l’élevage français sont en grand danger », s’alarme Philippe Mangin, président de Coop de France. Suite à l’accord du 3 mai 2011 avec la grande distribution sur les répercussions de hausse de prix, les filières agricoles se sont engagées à mettre en place des contrats interfilières visant à atténuer les fluctuations extrêmes des prix des matières premières dans l’aliment du bétail. Un accord dans ce sens à été signé le 15 juin 2011 qui prévoit une contractualisation en deux temps : d’une part entre les organismes stockeurs (OS) et les fabricants, d’autre part entre les fabricants d’aliments et les éleveurs. « Si ces contrats ont été bien acceptés sur le principe, ils n’ont pas eu le succès que l’on aurait pu attendre », reconnaît Hubert Grallet, président de Coop de France-métiers du grain.


DES BORNES HAUTE ET BASSE

L’exemple de Noriap, en Picardie, illustre cette difficulté. Gaël Peslerbe, directeur général délégué du fabricant d’aliments Novial, a construit une offre contractuelle pour les adhérents de la coopérative. « Notre objectif est de lisser sur trois ans le prix des céréales destinées à la fabrication d’aliments pour porcs, dont 75 % du coût matière dépend du prix des céréales », explique-t-il. La coopérative a fixé un mode de calcul transparent du prix des céréales et des bornes haute et basse. « Pour le blé, le prix peut varier de 150 à 200 euros la tonne et pour l’orge de 140 à 190 euros la tonne », précise-til. Cette offre a été faite à l’automne 2011. « Au départ les éleveurs de porcs ont considéré que 200 euros la tonne était une borne trop élevée, puis au printemps 2012, ce sont les céréaliers qui ont trouvé que le prix était trop faible, regrette Gaël Peslerbe. C’est vraiment regrettable. » Pourtant, l’usine n’a besoin que de 2000 tonnes de blé sur une collecte de 800000 tonnes. « Nous allons devoir élargir la fourchette de prix, mais le système perd de son intérêt. Pour autant, je pense que les mentalités vont changer et que chacun va comprendre qu’il est de son intérêt de lisser les prix et d’éviter d’avoir recours à la financiarisation. »


SOUTIEN INTERNE DANS LES COOPÉRATIVES

Pour Michel Prugue, président de Maïsadour, la réaction des agriculteurs est compréhensible. « Les producteurs, même dans une coopérative, ont la liberté de choisir leur méthode de vente. Vous ne trouverez pas un producteur de céréales prêt à vendre 10 euros en dessous du marché. » La coopérative du Sud-Ouest, engagée dans la production de volailles sous label et canards à foie gras, a aussi travaillé la question. « Nous avons contractualisé entre les filiales aval et la partie céréalière de la coop qui peut proposer des contrats sur deux ou trois ans aux producteurs, au prix moyen. Nous avons dû nous limiter à 10-15 % car il n’y a pas de sécurité quant à la capacité de répercuter une hausse », constate-il. Chez Vivadour, il n’y a pas de tels contrats, mais, « le prix de reprise du canard ou de la volaille à rôtir est indexé sur le prix de l’aliment, ce que nous n’arrivons pas forcément à répercuter jusqu’à la distribution, explique Christophe Terrain, son président. C’est donc la coopérative qui fait le tampon. » « Cette démarche interne de soutien aux filières animales n’est possible que dans les coopératives multimétiers qui maîtrisent toute la chaîne de transformation animale, précise Philippe Mangin.Mais c’est une position risquée sur le long terme. »


PLUS FACILE SUR LES PULPES QUE SUR LE TOURTEAU

On voit qu’il est extrêmement difficile de s’extraire du marché. Pourtant Xavier Beulin, président de la FNSEA, se veut optimiste. « Des initiatives ont été prises sur le terrain autour des pulpes de betteraves ou des drèches. » Mais il s’agit de marchés localisés sur un territoire autour d’une industrie, contrairement aux céréales. Pour la pulpe surpressée de betterave, ce système est en place de longue date dans l’Oise. Il a été élargi cette année aux pulpes sèches. Le modèle s’est multiplié autour d’autres sucreries. « Notre petit contrat départemental a tout de même un effet sur le prix de la pulpe au niveau national », se réjouit Luc Smessaert, président de la FDSEA Oise.


Ce dernier voudrait mettre en place un système similaire avec les usines de tourteaux de colza. Des contacts ont été engagés avec Saipol. L’objectif serait de réduire les intermédiaires et réaliser des appels d’offres auprès des éleveurs pour faire des commandes groupées de camions complets, en lien avec les coopératives. Mais il reste du chemin à parcourir. Pourtant, Saipol est une filiale du groupe Sofiprotéol dont le président est Xavier Beulin, président de la FNSEA, qui prône la contractualisation interfilière. Mais les considérations syndicales ne sont pas forcément compatibles avec les impératifs économiques de Saipol dont la rentabilité de ses outils de production est très dépendante de ce coproduit. Les débats portent surtout aujourd’hui sur la mise en place d’une cotation tourteau de colza sur le marché à terme Euronext.


Pour Philippe Mangin, la seule solution est de se remettre autour de la table avec les acteurs de la grande distribution pour les convaincre d’entrer dans le dispositif de contractualisation interfilière. Et quoiqu’il arrive, il ne faut pas surestimer la capacité de ces contrats à orienter le marché. « Ces derniers ne peuvent qu'atténuer la hausse, souligne-t-il. Ils ne pourraient jamais faire redescendre les coûts de production au niveau de ceux de 2011. »

Luc Smessaert
Luc Smessaert - © FNSEA

AVIS D’EXPERT

Luc Smessaert, président de la FDSEA de l’Oise.
« Un service de proximité sur les pulpes de betteraves »


« Le contrat départemental de l’Oise sur la pulpe surpressée a été mis au point il y a vingt-cinq ans, celui de la pulpe sèche fonctionne depuis un an. Il est négocié entre les sucreries de l’Oise, le syndicat betteravier et la FDSEA. Le but est d’assurer un approvisionnement de proximité aux éleveurs et un débouché de proximité pour la sucrerie, tout en lissant les prix. Le contrat a longtemps été triennal. Pour plus de simplicité de gestion, il est désormais annuel avec une remise de 10% au titre de la fidélité pour une commande équivalente ou supérieur à l’année précédente. Le prix est fixé chaque année au cours d’une négociation. Il était de 230 euros/tonne l’an passé et est annoncé cette année à 185 euros, avec une ristourne possible de 20 euros/tonne. La FDSEA centralise toutes les commandes et se porte garante auprès de la sucrerie. Ce service répond à une demande puisque les volumes commandés ont explosé en 2011-2012 à plus de 30000 tonnes contre 10000 les années passées. »

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