Réussir Grandes Cultures 13 avril 2017 à 08h00 | Par Lucie Debuire

Ukraine : Florian Garnier produit du blé à 75 q/ha sur des friches

Depuis 2009, avec son associé Guillaume Garnot, Florian Garnier grignote des terres en friches qu'il remet en culture. Les deux associés disposent aujourd'hui de 8 200 hectares, situés à l'ouest de l'Ukraine.

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Florian Garnier et son associé, Guillaume Garnot, ont baptisé leur société "Champs Elysées".
Florian Garnier et son associé, Guillaume Garnot, ont baptisé leur société "Champs Elysées". - © DR

Arrivés en 2009 en Ukraine Guillaume Garnot et son associé Florian Garnier exploitent maintenant 8 200 hectares à Gordivka. Sans être issu du milieu agricole, ce dernier s'est passionné d'agriculture et voulait en faire son métier. Les deux amis ont donc sillonné l'Europe de l'Est pendant deux ans pour y trouver une ferme et réaliser leur rêve. Hors de l'Union Européenne, l'Ukraine leur semblait la destination idéale. Totalement autofinancée, leur installation en Ukraine a été rendue possible grâce aux locations de terres.

En Ukraine, à la chute du bloc soviétique, la surface de chaque kolkhoz a été divisée en pail, de trois à quatre hectares attribués aux villageois. Certaines fermes ont continué de produire avec de bons ou moyens rendements et d'autres ont été complètement abandonnées, créant des friches. C'est sur celles-ci que les français ont pu s'installer. A ce jour, peu de terres sont encore libres. C'est donc tout l'art de tomber au bon endroit, au bon moment. « Nous avons 3 500 propriétaires. Nous payons les loyers en nature, explique Florian Garnier. 80 % de notre production de blé leur revient. Chaque villageois a un jardin et un élevage pour se nourrir. C'est un contrat social entre nous. Ils nous louent leurs terres, nous leur fournissons la matière première dont ils ont besoin pour vivre et nous les embauchons. Nos fermes sont les âmes du village. »

Les deux agriculteurs louent leurs terres à... 3500 propriétaires.
Les deux agriculteurs louent leurs terres à... 3500 propriétaires. - © DR

Une fiscalité moins avantageuse

Avant la révolution ukrainienne en 2013, le charbon et l'acier étaient les principales activités économiques du pays. Depuis, les mines ont été abandonnées et l'agriculture est devenue le premier secteur d'activité du pays. Bien conscient du potentiel de ce secteur et poussé par le FMI (Fonds monétaire international), le gouvernement a modifié la fiscalité vis-à-vis des agriculteurs il y a un an et demi. Avant, ils avaient un régime spécial où ils gardaient la totalité de la TVA sur les ventes. « Elle servait à financer l'achat d'intrants, explique Florian Garnier. C'était une sorte de subvention qui s'élevait à 150 EUR/ha en moyenne. À sa suppression, aucune aide n'est venue compenser ce changement. » Dorénavant, les ventes sont taxées à 20 %.

A cela s'ajoute un impôt fixe de 10 EUR/ha. Les loyers sont basés sur la valeur du terrain qui est estimé en Hryvnia, la monnaie locale. Il y a cinq ans le loyer représentait 2,5 % de sa valeur, aujourd'hui c'est 7 %. Toutefois, avec la guerre, la monnaie s'est affaiblie, limitant l'augmentation à 20 EUR/ha en cinq ans. Passant de 60 à 80 EUR/ha. Mais peut-être plus pour longtemps. Alors qu'un moratoire sur la vente des terres agricoles est appliqué, le FMI pousse le gouvernement à le lever. « Nous ne savons pas quand ça se fera, tempère Florian Garnier. Pour l'instant les cadastres, et les Ukrainiens n'étaient pas prêts. Dans tous les cas, les achats de terres se feront par des Ukrainiens. » Cette levée de moratoire signe-t-elle la fin d'un périple ukrainien pour ces agriculteurs français ? Non, selon eux, cela ne changera rien, si ce n'est le nombre de propriétaires. L'agriculture est là-bas, considérée comme une vraie activité professionnelle que seules certaines personnes peuvent exercer.

Selon les deux associés, il faut attendre quelques années avant que les terres défrichées ne donnent tout leur potentiel.
Selon les deux associés, il faut attendre quelques années avant que les terres défrichées ne donnent tout leur potentiel. - © DR

Des rendements faibles après défrichement

Pour avoir accès au foncier, il leur aura fallu du temps et de l'argent. A chaque récolte, le bénéfice était réinvesti dans la location de nouvelles terres. « Nous avons fait le tour des villages pour expliquer aux Ukrainiens notre projet, raconte Florian Garnier. Ils ont besoin de connaître la personne qu'ils ont en face d'eux pour faire des affaires. Plutôt frileux au début, après une année test, ils ont ensuite vu que notre projet tenait la route et nous avons pu nous agrandir. En Ukraine, la parole vaut de l'or. »  Les terres récupérées étaient certes en friches, donc vierges mais aussi carencées. Les rendements obtenus les premières années ne permettaient pas aux aventuriers d'élargir leur exploitation. Selon eux, il faut attendre trois années pour avoir une récolte correcte et ça n'a rien à voir avec les intrants.

A Gordivka, chez Guillaume Garnot et Florian Garnier, les rendements moyens de blé atteignent les 75 Q/ha, en maïs, les 90 Q/ha sont atteints. En tournesol, ils avoisinent les 20 Q/ha et en pois 35 Q/ha. Les rendements de soja sont plombés avec 20-25 Q/ha en moyenne puisque c'est la culture implantée directement après le défrichement. Avec des charges réduites, les prix de vente actuels sont rémunérateurs. Avec 50 EUR/ha de produits phytosanitaires, 100 EUR d'azote/ha et moins de 50 EUR/ha consacrés aux semences, le calcul est vite fait. « Nous sommes arrivés sur des terres vierges, explique Florian Garnier. Et nous avons le passif français, alors nous faisons attention. Il n'y a pas de résistance aux produits phytos et la réglementation est différente, nous utilisons donc des molécules basiques qui sont maintenant des génériques, donc peu chères. Et on alterne les matières actives pour une meilleure efficacité des produits. Quant à l'engrais, nous en utilisons davantage sur les terres à fort potentiel, défrichées depuis plus de trois ans. » La totalité de leur production d'oléagineux est vendue directement aux usines de trituration près de l'exploitation. Le blé restant et le maïs sont vendus aux industriels de la région. « Nous souhaitons l'année prochaine exporter nos marchandises via la Pologne, mais les infrastructures en Ukraine ne sont pas développées et les retards s'accumulent souvent, avec des frais supplémentaires », ajoute Florian Garnier.

Quatre fois le Smic ukrainien

A des charges peu élevées, s'ajoute une main d'oeuvre peu onéreuse. Considérée comme qualifiée, les 65 employées qui travaillent sur les exploitations de Guillaume Garnot et Florian Garnier sont payés en moyenne 400 EUR/mois, soit quatre fois le Smic ukrainien. « Nous avons des tractoristes, des responsables de terres ou encore des secrétaires, explique Florian Garnier. Ils travaillent par poste lorsque le travail devient urgent. Ils sont tous un peu agriculteurs chez eux alors ils comprennent vite les besoins en agriculture. » Une main d'oeuvre bon marché à laquelle il faut ajouter 45 % de charges sociales. Ce taux a récemment été revu à la hausse, le gouvernement ne laisse rien perdre.

Retrouvez d'autres articles concernant des agriculteurs qui exploitent à l'Est de la France : Rémi Tardieu et ses 1750 hectares en Pologne, Jean-Paul Kim qui s'est installé à l'est de l'Ukraine avec ses trois associés, et Michel Créteur, qui exploite 2600 hectares en Roumanie.

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