Réussir Grandes Cultures 07 avril 2017 à 08h00 | Par Lucie Debuire

Pologne : Rémi Tardieu inquiet du nouveau contexte politique

Rémi Tardieu a rejoint son père Sylvain sur la ferme polonaise de 1750 hectares qu'il exploite depuis dix-sept ans avec Hubert Valengin. Mais depuis quelques temps l’avenir s’obscurcit pour ces associés. Gel de ventes des terres, non renouvellement des baux, demande de reprise de parcelles… le gouvernement polonais a la réelle ambition de restructurer son agriculture… mais sans les étrangers.

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Rémi Tardieu exploite 1750 hectares en Pologne, à 40 km du grand port céréalier de Seczecin.
Rémi Tardieu exploite 1750 hectares en Pologne, à 40 km du grand port céréalier de Seczecin. - © DR

C'est dans le nord de la Pologne que Rémi Tardieu a élu domicile, à une quarantaine kilomètres du grand port céréalier de Szczecin. Le gérant de la ferme de 1 750 hectares est arrivé là il y a un peu plus d'un an. Il a repris une part dans la société de son père et d'un ami. L'exploitation produit plus de 1000 hectares de céréales, 500 hectares de colza et 200 hectares sont consacrés à la culture de betteraves. Depuis quelques temps, Rémi Tardieu et ses associés ont signé un contrat de 45 hectares de pommes de terre avec un industriel hollandais Farmfrite. A l'origine de leur départ, l'envie de s'agrandir... mais pas en France.

L'agriculture en restructuration

Cela fait maintenant dix-sept ans que la "première génération" de Tardieu a jeté son dévolu sur les terres polonaises, en louant un ancien kolkhoz à l'Etat polonais. Lorsqu'il avait fallu renouveler les baux, les Français n'avait eu aucune difficulté. Mais en 2018, cela risque d'être une autre histoire. Le nouveau gouvernement nationaliste, porté par les chambres d'agriculture et les syndicats, a la volonté de restructurer les fermes polonaises : adieu les grandes exploitations à petit loyer. Pour mieux comprendre, il faut revenir en arrière. Après la chute du bloc soviétique, les kolkhoz ont souvent été confiés aux directeurs d'exploitations. Ils n'avaient pas en propriété les terres mais les louaient à l'Etat. Quand il manquait de candidats, les agriculteurs étrangers étaient les bienvenus pour louer ces parcelles. Les fermes sont donc restées telles qu'elles.

Depuis quelques temps, l'agriculteur a choisi de se diversifier en pommes de terre, qu'il vend à un industriel hollandais.
Depuis quelques temps, l'agriculteur a choisi de se diversifier en pommes de terre, qu'il vend à un industriel hollandais. - © DR

Des fermes qui pourraient diminuer en taille

« Aujourd'hui, le gouvernement cherche à faire disparaître ce type de ferme, explique Rémi Tardieu. Nous n'avons donc pas de visibilité sur notre exploitation. Malgré les principes fondamentaux de l'Union européenne, le gouvernement polonais souhaite favoriser l'installation d'agriculteurs polonais. » Et pour cela, le gouvernement a mis en place une sélection : avoir un diplôme agricole, avoir un corps de ferme à proximité des parcelles et surtout être résident polonais depuis plus de dix ans pour les ressortissants étrangers. « Le contexte est flou et inquiétant, autant pour notre exploitation que pour les personnes que nous embauchons, prévient l'agriculteur. Nous ne pouvons plus investir dans notre ferme sans certitude sur notre avenir. » L'aventure de ces trois français semble arriver à son terme malgré leur investissement personnel et financier.

Retrouvez d'autres articles concernant des agriculteurs qui exploitent à l'Est de la France : Michel Créteur et ses 2600 hectares en Roumanie, ainsi que Jean-Paul Kim et Florian Garnier, qui se sont installés tous deux en Ukraine, l'un à l'Est et l'autre à l'Ouest.

De la main d'oeuvre locale

Coté cultures, un gros travail a été fait à la reprise de la ferme pour remettre en état les terres qui souffraient de carences, notamment de problèmes d'acidité. Depuis une dizaine d'années, les sols ont retrouvé un bon équilibre, ce qui a permis aussi d'augmenter et de stabiliser les rendements à 60 Q/ha en moyenne pour le blé. Pour les pratiques culturales, il n'y a pas de différences notables avec la France, selon le chef de culture. Si ce n'est la rudesse de l'hiver et le gel d'une partie des céréales. Le pays étant dans l'Union européenne, les agriculteurs perçoivent les aides Pac et sont soumis aux mêmes réglementations. Seule différence, la main d'oeuvre. L'exploitation embauche douze salariés à temps plein. Résidents du village, ils ont, pour la plupart, toujours travaillé là.

Rémi Tardieu, qui a appris le polonais avant de gérer la ferme estime que « la collaboration avec eux se passe extrêmement bien. L'exploitation est la principale entreprise qui recrute dans le village. » Le niveau de vie en Pologne a bien augmenté depuis quelques années, et la main d'oeuvre n'est plus aussi bon marché. « Ils sont payé 60 % du Smic français et nous avons des charges sociales à hauteur de 30 %. Etant donné la surface et le coût de la main d'oeuvre encore raisonnable, notre parc de matériel est simple permettant de faire des économies d'échelles. »

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