Réussir Grandes Cultures 02 juin 2015 à 08h00 | Par Xavier Cresp

Quand les haies deviennent un bon outil de communication

À l’heure du verdissement de la PAC, les agriculteurs de la Gascogne toulousaine confirment leur intérêt pour concilier agriculture performante et environnement protégé. Ils partagent leurs expériences avec les collectivités urbaines toutes proches.

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Pierre Loubens, co-président du groupement des agriculteurs de Gascogne Toulousaine, se sert des haies pour installer des pièges en bordure et y compter les insectes auxiliaires.
Pierre Loubens, co-président du groupement des agriculteurs de Gascogne Toulousaine, se sert des haies pour installer des pièges en bordure et y compter les insectes auxiliaires. - © X. Cresp

Assise entre le Gers et la Haute-Garonne, la commune d’Auradé, en lisière de l’agglomération toulousaine, étend ses coteaux argilo-calcaires comme dernier rempart aux transformations urbaines galopantes de la grande ceinture toulousaine. Conscient des évolutions à venir et de la nécessité de partager le territoire, les agriculteurs ont décidé de se regrouper au sein du groupement des agriculteurs de la Gascogne toulousaine (GAGT) afin d’exister dans les schémas territoriaux à venir. Avec 250 agriculteurs, le groupement créé en 2013 renforce les actions expérimentales menées par l’association des agriculteurs d’Auradé depuis 1982.

Si les haies ont souvent été victimes de remembrements, leur absence a fini par poser problème. Pour Pierre Loubens, céréalier sur 250 hectares et co-président du groupement avec Arnaud Augier (140 ha), « les arrangements parcellaires progressifs suite aux reprises d’exploitation ont permis de replanter les haies. Pour garder une image plus conforme à la tradition, certes, mais aussi pour corroborer la démarche environnementale menée par l'association des agriculteurs d'Auradé ».

Des haies aux multiples utilités

Lutte contre l’érosion, pare-vent et refuge pour le petit gibier, les trois critères récurrents pour valoriser les haies apportaient la caution « des anciens » pour conserver une certaine idée du patrimoine rural. D'autres critères s’inscrivent dans une préoccupation plus technique : favoriser les auxiliaires de cultures dont les pollinisateurs, permettre une pulvérisation et une irrigation plus efficace, limiter la verse des cultures. « Et pour allier les aspects professionnels à la vie communautaire, nous avons souhaité sensibiliser les habitants de nos communes sur le bien-fondé de notre démarche sous son aspect environnemental », précise Pierre Loubens.

En s’adaptant aux nouvelles contingences urbaines, les agriculteurs se sont donnés des atouts pour bien communiquer. Planter des haies pour lutter contre l’érosion et contenir les coulées de boues fréquentes sur les routes après les orages a permis au groupement de valoriser son action auprès des collectivités locales. « Nous intervenons auprès des communes, comme prescripteurs pour envisager ensemble les plans de circulation extérieurs, les zones à planter (bordures de route et de lotissements), les plans locaux d’urbanisme (PLU), afin d’organiser au mieux la cohabitation entre nos activités agricoles et une population à consonance urbaine », confie Arnaud Augier.

Les nombreuses essences employées sont choisies entre des arbres de haut et moyen jet, et des buissonnants hauts et bas.
Les nombreuses essences employées sont choisies entre des arbres de haut et moyen jet, et des buissonnants hauts et bas. - © Arbre et paysage 32

Points de ralliement entre agriculteurs, collectivités et « rurbains »

Faciliter les chemins d’accès aux convois agricoles, assurer les passages du pulvérisateur en bordure du lotissement, conserver des routes sûres par tous temps : ce sont les points principaux de discussions entre agriculteurs et collectivité. Les exploitants et les « rurbains » trouvent d’autres points de ralliement comme agrémenter un paysage, améliorer les bordures de fossés ou intégrer les bâtiments agricoles dans l’espace vert. Et pour s’inscrire dans une démarche durable, le GAGT intervient auprès des écoles afin de sensibiliser les plus jeunes à devenir responsable face à l’environnement et mieux comprendre les métiers de l’agriculture.

Pour aborder la thématique de la haie et de ses enjeux environnementaux, le GAGT s’est impliqué dans différentes missions auprès des collectivités : plan d’aménagement du territoire (PAT), schéma de cohérence territoriale (Scot), préfiguration des trames verte et bleue en lien avec le Scot, surveillance de la qualité de l’eau, etc.

Les espaces retenus pour planter concernent le plus souvent les limites séparatives entre exploitations, les bords de champs, de chemin, de route et de rivière, les talus, les ruptures de pentes et les lieux d’érosion chronique. Le remplacement des peupliers en bordure de fossé par les haies apporte une solution intéressante et peu coûteuse.

L’occasion de dialoguer avec les habitants

Les nombreuses essences employées sont choisies entre des arbres de haut et moyen jet et des buissonnants hauts et bas. Les répartitions s’effectuent en fonction de la destination et de l’emplacement. Les essences historiques du lieu sont toujours privilégiées pour bien s’adapter au terrain.

Avec le recul nécessaire, Pierre et Arnaud justifient largement le programme de réimplantation des haies : « Il s’inscrivait dans notre démarche agro-environnementale, c’est sûr. Mais au-delà de ce contexte, il nous aide à lutter contre les clichés et nous permet de dialoguer avec des habitants qui connaissent souvent mal les problématiques agricoles. Dans un métier où nous avons de plus en plus besoin de nous justifier, les messages que nous faisons passer avec nos haies créent une émulation pour lutter contre l’individualisme du chacun chez soi. »

Les sites à consulter

www.agriculteurs-aurade.fr

• www.arbre-et-paysage32.com

Une association d’agriculteurs pour des essais au champ

Depuis les années 80, les agriculteurs d’Auradé ont pris l’habitude de travailler en concertation avec l’ensemble des partenaires professionnels pour développer un mode d’agriculture respectueux de l’environnement. Situé sur des bassins versants de rivières, en productions céréalières, le site avait retenu l’attention des ingénieurs de Grande Paroisse (AZF) pour l’étude des transferts des fertilisants azotés vers les cours d’eau. Dès 1990, les premières bandes enherbées se sont dessinées à Auradé. Une association indépendante se crée et sert de relais expérimental. Elle met à disposition son territoire composé de 35 exploitations agricoles pour les mises en place d’essais, avec des partenaires publics et privés comme Arvalis et le Cetiom. Le programme de réimplantation des haies s’est inscrit dans ce contexte et a déjà permis de replanter plus de dix kilomètres. Le groupement des agriculteurs de la Gascogne toulousaine offre aujourd’hui une dimension plus importante, pour apporter son expérience à l’échelon des communautés de communes voisines.

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