Réussir Grandes Cultures 15 janvier 2013 à 11h36 | Par Gabriel Omnès

Qualité du blé tendre - Mauvaise chute pour le Hagberg

L'imposition d'un critère Hagberg pour les livraisons chez Sénalia, principal opérateur portuaire rouennais, relance la question de la définition du blé meunier standard.

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En août, Sénalia a interdit pour toute
la campagne l'accès à ses silos pour
les blés présentant un Hagberg
inférieur à 220, invoquant le risque
de paralysie des exportations.
En août, Sénalia a interdit pour toute la campagne l'accès à ses silos pour les blés présentant un Hagberg inférieur à 220, invoquant le risque de paralysie des exportations. - © Gabriel Omnès

Je n'ai aucun problème avec ça ! » Le « ça » dont parle Jean-Jacques Vorimore, président de Sénalia, c'est la décision prise le 6 août dernier par le conseil d'administration du principal opérateur portuaire rouennais, libellée comme suit dans un communiqué: « tous les blés réceptionnés sur les sites de Grand-Couronne et de la Presqu'île Elie devront répondre aux critères Hagberg de 220 secondes minimum. » Remous chez les opérateurs. La grande majorité des contrats passés entre chargeurs et OS avant moisson portent en effet sur du blé standard, défini à Rouen par le 76/15/4/2/2, n'impliquant donc pas le Hagberg. En instaurant cette nouvelle règle, Sénalia transformait de facto le standard de Rouen en 76/15/4/2/2/220, sapant la création de la prime qualitative qui se forme en pareille situation, et tant pis pour ceux qui l'avaient payée avant. « Habituellement, lorsqu'un critère qualitatif se révèle trop faible sur la base d'achats de blé standard, les exportateurs sortent au marché pour acheter de la marchandise permettant de le corriger », s'étonne le responsable marché d'un important négoce français. Un scénario inapplicable cette année, selon Sénalia, compte tenu du caractère non additif du Hagberg : une faible quantité de blé avec un indice bas suffit à déclasser tout le lot. Or, les échos de la plaine, confirmés par les premières livraisons au silo portuaire, faisaient état d'indices de chute de Hagberg très faibles, descendant jusqu'à 80, quand l'export pays tiers exige au moins du 200.



« SUICIDAIRE »



Pour Sénalia, cette mesure instaurée pour toute la campagne 2012-2013 était donc indispensable pour ne pas gripper la plus grosse machine à exporter française. « Continuer à laisser entrer de la marchandise inchargeable aurait été suicidaire, assure Jean-Jacques Vorimore. Quelques jours de plus et le système aurait été complètement bloqué. Sans compter l'effet sur notre image à l'export. » Le marché s'est adapté : les chargeurs ont ajouté de façon quasi systématique un critère de 220 mini à leurs contrats passés avec des OS pour du rendu Rouen. Mais pour les collecteurs qui avaient vendu du blé standard avant moisson, le mal était fait : nombre d'entre eux se sont vu refuser des livraisons pour cause de Hagberg insuffisant, se retrouvant ainsi en défaut vis-à-vis du chargeur malgré leur respect du contrat. Pour certains, ce changement des règles en cours de partie constitue une violation flagrante du code de bonne conduite contractuelle, et, selon des courtiers, plusieurs cas devraient aller en arbitrage. Chez Sénalia, on reconnaît les difficultés rencontrées par certains opérateurs, tout en invoquant la défense de l'intérêt général. Et de rappeler que la décision a été adoptée à l'unanimité par le conseil d'administration, où siègent de nombreuses coopératives. Le silo portuaire peut en outre changer les critères de réception pour assurer le bon fonctionnement de ses infrastructures. Le marché à terme est lui aussi touché, puisque les silos de Sénalia sont l'unique lieu de livraison pour le contrat blé meunier d'Euronext. Il est donc impossible d'aller à la livraison si le blé n'affiche pas du 220 mini alors que le sous-jacent de ce contrat est défini par le 76/15/4/2/2. Faut-il y voir un lien ? Seuls 265 lots ont été livrés pour l'échéance novembre 2012, première concernée par le Hagbergate, contre une moyenne de 1 100 lots sur les échéances précédentes, et 600 lots en novembre 2011. Les contrats passés sur le marché à terme n'ont certes pas pour vocation d'aller jusqu'à la livraison, mais la possibilité de le faire est indispensable à la convergence des prix du physique et du Matif, condition sine qua non pour que ce dernier joue son rôle d'outil de couverture. La formation des prix sur Euronext ne semble toutefois pas avoir subi de distorsion depuis le 6 août. Le comité expert du 24 octobre, réunissant différents spécialistes de la filière sous la houlette d'Eu-ronext, a toutefois été houleux. La loyauté du marché à terme a-t-elle été remise en cause par la mesure du silo portuaire rouennais ? Chez Euronext, on se contente d'un communiqué officiel laconique : « Nos caractéristiques pour le contrat blé restent inchangés -- nous n'avons pas le projet de modifier un contrat dont les positions sont ouvertes et les échéances engagées. Nous interrogeons la filière sur la décision de Sénalia dans le cadre de notre réflexion continue qui vise à améliorer en permanence la qualité et l'intégrité de notre marché. » Service minimum également du côté de l'AMF, le gendarme français des marchés financiers : « À ce stade, l'AMF est en contact avec les acteurs et suit de près le marché des dérivés de matières premières négociées sur le marché parisien via son dispositif de surveillance. » Et de Clearnet, la chambre de compensation dont la mission est de garantir le bon fonctionnement des contrats d'Euronext, on ne tirera qu'un « pas de commentaire » à peine poli.




AMBIGUÏTÉ


Si l'initiative de Sénalia a pu placer certains opérateurs dans des situations délicates, elle semble avoir généré de la confusion plus qu'un dysfonctionnement du marché. Surtout, elle pose la question de la définition du blé meunier standard en vigueur à Rouen. « En achetant du standard pour charger du blé meunier de qualité, on vit sur une ambiguïté, estime Jean-Jacques Vorimore. En dessous d'un certain Hargberg, le blé n'est plus meunier. La filière paie cette année le fait de ne pas avoir traité cette problématique à froid plus tôt. » Faut-il alors introduire le Hagberg dans le standard qualitatif rouennais, voire sur Euronext ? « Il faut faire attention, le Hagberg est un mauvais indicateur car plusieurs mesures successives d'un même échantillon peuvent donner des résultats très différents, met en garde Vincent Magdelaine, de Coop de France. L'introduire dans la définition d'un blé meunier semble donc périlleux. » D'un côté, il s'est largement imposé dans le cahier des charges des importateurs ; de l'autre, son imprévisibilité fait office d'épouvantail pour des collecteurs qui ne peuvent s'engager sur ce critère avant moisson : le Hagberg n'a pas fini d'alimenter les débats de la filière.

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