Réussir Grandes Cultures 15 janvier 2013 à 12h16 | Par Christian Gloria

PHYTOSANITAIRE - Les firmes investissent dans le biocontrôle

Les sociétés agrochimiques engagent des investissements dans la recherche et le développement des produits de biocontrôle. Ces solutions respectueuses de l’environnement vont pouvoir décoller.

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Des bactéries peuvent être utilisées comme agents de biocontrôle. À gauche,
racine nue de pomme de terre avec ses radicelles. À droite, la même racine
couverte d’un manchon de bactéries (Bacillus subtilis) agissant comme une
barrière contre le rhizoctone.
Des bactéries peuvent être utilisées comme agents de biocontrôle. À gauche, racine nue de pomme de terre avec ses radicelles. À droite, la même racine couverte d’un manchon de bactéries (Bacillus subtilis) agissant comme une barrière contre le rhizoctone. - © Agro Quest

L'année 2012 a été fertile en événements mettant en lumière les produits de biocontrôle. Le rapport Herth en 2011, Écophyto 2018 et la directive cadre sur la protection intégrée ne sont pas étrangers à une prise de conscience de l’intérêt de ces solutions en France. Mais les multinationales n’ont pas attendu ces signaux pour investir massivement — à coups de centaines de millions d’euros — dans un secteur stratégique d’avenir à leurs yeux. Avec des moyens plus modestes, des sociétés françaises comme Goëmar ou De Sangosse s’engagent résolument sur les solutions de biocontrôle.Des projets de recherches associant le public au privé (RMT Elicitra, DefiStim…) prouvent les efforts mis en oeuvre pour trouver des solutions alternatives ou complémentaires à la lutte chimique. L’IBMA voit des perspectives de croissance très élevées pour le marché du biocontrôle avec un doublement dans les cinq ans à venir. Le développement de l’agriculture biologique devrait y contribuer mais les sociétés phytosanitaires visent un marché plus grand, celui des cultures conventionnelles.


COMPLÉMENTAIRE EST LE MAÎTRE MOT


Quelle place les sociétés phytosanitaires voient-elles aux solutions de biocontrôle? Le discours est clair et asséné de façon insistante : ces produits ne doivent pas être considérés comme des alternatives aux pesticides mais des solutions complémentaires de la lutte chimique. Le message à faire passer est la combinaison de la chimie et du biocontrôle dans des programmes de lutte. C’est ainsi que Goëmar resitue le produit Vacciplant (laminarine) dans la lutte contre les maladies des céréales « en association avec une dose raisonnée de fongicide. » Le niveau d’efficacité exigé par les producteurs ne peut être obtenu autrement. Le plus souvent, les bioproduits montrent une efficacité modeste sur le terrain quand ils sont utilisés seuls. « Le contrôle du vivant par du vivant n’est pas toujours très simple. Il est important d’apporter des garanties aux producteurs avec des solutions non seulement performantes mais aussi régulières », insiste Gérard Thomas, directeur des affaires réglementaires et techniques chez Syngenta. Selon Bertrand Debret, directeur technique de BASF, « il faut considérer ces produits autrement que de simples solutions de protection des plantes, optimisant le fonctionnement du végétal. C’est ainsi qu’avec l’acquisition de Becker Underwood, nous intégrons les solutions de biocontrôle dans une unité ‘Functional Crop Care’ qui propose également des services pour la gestion de l’eau et des ressources nutritives. »


CHAMP DE RECHERCHE ÉLARGI

 


Même perception chez Rémy Courbon, directeur marketing et services de Bayer CropScience : « pour ces solutions, on devra établir des préconisations particulières, différentes de celles des produits phytosanitaires classiques. Certains d’entre eux offriront des bénéfices en ayant des effets sur la physiologie de la plante pour mieux résister à des stress abiotiques en même temps qu’aux attaques de parasites. » Issu de la société AgraQuest, Thierry Merckling a intégré la société Bayer CropScience. « Des produits à base de bactéries apportent une valeur à l’agriculteur audelà de la protection de la culture, confirme-t-il.


Les bénéfices sont réels au niveau physiologique comme l’amélioration de l’assimilation d’éléments nutritifs. Mais la mise en marché de telles solutions nécessitera une réflexion marketing de notre part pour mettre en valeur aussi bien la protection de la culture que l’effet physiologique. » L’attrait de ce type de produit chez les firmes phytosanitaires trouve une autre justification : la recherche sur les molécules chimiques de synthèse atteint une certaine limite. « Les critères exigés pour l’homologation sont de plus en plus difficiles à atteindre et engendre des coûts toujours plus importants. Il y a beaucoup d’appelés mais peu d’élus », tranche Bertrand Debret. Les substances d’origine naturelle apportent un second souffle à ces entreprises et une nouvelle source d’innovations.


À LA RESCOUSSE D’UNE CHIMIE DÉFAILLANTE


La lutte chimique atteint ses limites également en production avec l’émergence de diverses difficultés : des résidus dans les produits de consommation ou l’eau, des résistances émergeant chez les parasites et les adventices, des produits retirés laissant les producteurs orphelins de solution contre des bioagresseurs. Les bioproduits viennent à la rescousse mais concernent plus particulièrement les productions de fruits, légumes et vigne. « Sur ces productions, des cahiers des charges ont favorisé l’usage de bioproduits. Mais je suis persuadé que certains facteurs auront pour conséquence un développement de ce type de solution en grandes cultures, comme les résistances de parasites à des familles de fongicides ou d’insecticides.


Des solutions de biocontrôle amèneront des modes d’action nouveaux et pourront être combinés aux produits défaillants », imagine Thierry Merckling. Les produits de biocontrôle font l’objet d’un traitement de faveur pour leur homologation par les instances officielles jusqu’à un certain point. Il faut prouver une présence dans la nature sans effets sur l’environnement et la faune sauvage. La procédure d’homologation est alors allégée et accélérée. On déroule le tapis rouge pour ces produits, Ecophyto 2018 oblige.

DÉFINITION

Quatre familles de produits naturels

On définit quatre types de bioproduits.
Les macro-organismes sont des insectes (trichogrammes
par exemple), acariens ou nématodes
utilisés contre des ravageurs.


Les micro-organismes sont des champignons
(produit Contans…), des bactéries, des virus.


Les médiateurs chimiques ou phéromones diffusées
pour désorienter les insectes ravageurs.


Les substances naturelles d’origine animale,
végétale ou minérale. Exemples : la laminarine
(Vacciplant) issue d’une algue ou le phosphate
ferrique, matière minérale de l’anti-limaces
Sluxx.

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