Réussir Grandes Cultures 09 août 2010 à 14h38 | Par Christian Gloria

Phosphore et potasse - Faut-il encore épandre des engrais minéraux ?

Face aux pays émergents, l'Europe est devenue un débouché minoritaire sur le marché des engrais. Elle est désormais condamnée à subir la volatilité des cours. Les agriculteurs jouent eux aussi la volatilité... dans leurs apports.

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Les livraisons d'engrais en France sont retombées au niveau de celles de l'Après-guerre.
Les livraisons d'engrais en France sont retombées au niveau de celles de l'Après-guerre. - © S. Leitenberger (www.leitenberger.fr)

Les distributeurs et les fabricants d’engrais tirent la sonnette d’alarme. En réduisant leurs utilisations d’engrais phospho-potassiques encore et toujours, les agriculteurs prennent le risque de mettre en situation carencée leurs cultures. Les OS s’inquiètent des conséquences sur les rendements que peuvent générer ces économies. Quand on observe la courbe des livraisons de fertilisants PK ces dernières décennies en France, on ne peut que constater la chute. Nous sommes revenus à un niveau d’utilisation que l’on n’avait plus connu depuis les années 50. Cela interpelle. Les prix élevés qu’ont atteint les engrais minéraux ces dernières années — conjugués à des prix bas des céréales — incitent les agriculteurs à se tourner vers d’autres sources d’éléments phospho-potassiques. Ils ont plus d’une corde à leur arc avec la possibilité de recourir aux effluents d’élevage et à des produits compostés.

La situation ne paraît pas si morose dans les campagnes. Les producteurs montrent une grande capacité d’adaptation. Ils ne considèrent plus les apports d’engrais phospho-potassiques comme une « fertilisation de fond » mais gèrent ce poste de charge au coup par coup, au gré de leur trésorerie.

L’INDE ET LA CHINE PÈSENT SUR LES COURS

Sur l’échiquier mondial agricole, la France — et l’Europe d’une façon plus large — perd de son importance devant l’émergence de pays comme l’Inde et la Chine notamment. La demande en engrais PK de ces nations pèse sur les disponibilités et les cours. Les gisements naturels de phosphates et de potasse sont très loin d’être à sec mais les investissements des grandes sociétés d’engrais se font attendre pour augmenter les capacités d’extraction. Et cela crée des tensions sur les marchés et sur les livraisons vers l’Europe. La France importe la totalité de ses ressources et se retrouve donc de plus en plus dépendante du marché mondial. Quand aux usines d’engrais, certaines ont dû fermer leurs portes.

Pour autant, nombre de parcelles agricoles en France regorgent de phosphates et de potasse. D’autres en manquent en revanche, en particulier dans des régions de grande culture. Les cartes de France que nous délivrent l’Inra et la Base de donnée des analyses de terre (BDAT) montrent une situation disparate. Les outils de calcul des apports en éléments P et K n’apportent pas encore entière satisfaction. Le Comifer a bien révisé ses grilles de calculs vers plus de précision mais les éléments P et K présents dans le sol entrent dans des schémas si complexes de disponibilité (vie biologique, texture, travail du sol, climat…) que l’on peut difficilement exprimer les quantités que la plante sera capable d’extraire. Les chercheurs s’attèlent à mettre au point de nouveaux outils qui renseigneront mieux la part biodisponible du phosphore et du potassium dans chaque parcelle pour les cultures. La nutrition phospho-potassique des plantes reste un sujet d’études chez les chercheurs et c’est au moins un point positif pour le maintien d’une agriculture française performante.

AVIS D’EXPLOITANTS

Éric H., 300 ha de blé, colza, tournesol, maïs, 80 vaches laitières et 230 taurillons dans le Maine-et- Loire

« Des engrais starter sur tournesol et maïs »

« Nous analysons chaque parcelle tous les cinq ans et suivons un plan de fumure Epiclès. Selon les résultats, nous apportons 100 à 200 kg/ha de 18-46 sur blé, sauf en 2009 où nous avons fait l’impasse. Nous épandons du fumier tous les deux ans, avant colza, pour limiter le tassement de sol car nous sommes en semis simplifié. Et sur des terres reprises il y a deux ans, nous mettons du fumier de champignon qui a un effet chaulage et amène de la matière organique. Nous apportons aussi de l’engrais starter, du Microplus sur tournesol (sauf en 2009) et sur maïs. Parfois nous pulvérisons de l’engrais liquide sur la culture, du Folys PK. Les pailles de colza restent au sol mais les pailles de blé sont enlevées, sauf en 2009 où nous en avons broyées. Au final, la fertilisation PK nous coûte 35-40 euros/ha/an. Elle a coûté 35 euros en 2010. Et en 2009, elle n’a coûté que 17 euros/ha car nous n’avons pas apporté de 18-46 mais seulement du Folys PK. Nos terres sont drainées, avec un pH 7. Les engrais sont donc bien valorisés. »

 

Frédéric B., 370 ha de blé, orge, colza, maïs et 55 vaches laitières en Côte-d’Or

« De meilleurs résultats avec le fumier »

« Je fais peu d’analyses de sol et j’apporte systématiquement 250 kg/ha d’engrais binaire sur céréales, même en 2008 où les prix étaient élevés. Jusqu’en 2009, c’était du 31-13 mais en 2010, la formule a évolué vers du 31-9. Sur colza, j’épands 25 tonnes/ha de compost de fumier de bovin ou 20 m3 de lisier de bovin ou encore 3 tonnes de fientes de volailles. Nous avons constaté que nous avions de meilleurs résultats là où nous épandions du fumier. Nous achetons des fientes de volaille en complément. Au final, la fertilisation minérale a coûté 72 euros/ha en 2009 mais était montée à 175 euros/ha en 2008. Il s’y ajoute les fientes de volailles que j’ai achetées 48 euros la tonne en 2008 et 39 euros en 2009, mais qui apportent aussi de l’azote. Ce coût est vite récupéré avec quelques quintaux supplémentaires et un maintien de la fertilité des sols. »

 

Éric M., 130 ha de blé, pois, colza et orge dans l’Eure

« Les utilisations dépendent des prix »

« Chaque parcelle est analysée tous les cinq à six ans. J’apporte l’engrais en tête d’assolement, sous forme de Super 45 et de chlorure de potassium car cela permet d’ajuster les doses. Mais les apports dépendent aussi des prix et de ma trésorerie. En 2008, j’en ai fait peu mais j’ai amené sur colza du compost de déchets verts enrichi en chaux et phosphore. En 2009, j’ai épandu 100-150 U P/ha car les prix avaient baissé. Je n’ai pas apporté de compost car cela représente plus de travail et l’épandage est moins précis. Malgré tout, les charges en engrais PK varient beaucoup : de 43 euros/ha en 2006, ils sont montés à 76 euros en 2008 et sont redescendus à 58 euros/ha en 2009 puis 50 euros/ha en 2010, alors que ces deux années, j’ai acheté deux fois et demie plus d’engrais qu’en 2008. Nous broyons les pailles et je fais des couverts végétaux depuis 2002. »

V. Bargain

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