Réussir Grandes Cultures 08 mars 2016 à 08h00 | Par Valérie Noël

Opter pour des sols préservés en 15 questions-réponses

Installé en 1991 en Gaec avec son frère, Philippe Houdan compte sur ses sols pour nourrir ses plantes. Il les travaille le moins possible, implante des couverts entre toutes ses cultures, utilise des macérations végétales contre les parasites et les adventices...

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Sur son exploitation de Marigny, près de Chatillon sur Seine en Côte d'Or, Philippe Houdan s'est véritablement lancé dans l'agriculture de conservation à partir de 2005.
Sur son exploitation de Marigny, près de Chatillon sur Seine en Côte d'Or, Philippe Houdan s'est véritablement lancé dans l'agriculture de conservation à partir de 2005. - © V.Noël/ Réussir

Comment se répartissent les différentes cultures dans l'assolement de Philippe Houdan ?

Sur ses 375 ha, l'agriculteur cultive 110 ha de blé tendre d'hiver (65 à 70 q/ha de moyenne), 73 ha d'orge de printemps (50 à 55 q/ha), 66 ha d'orge d'hiver (65 à 70 q/ha), 37 ha de sarrasin (10 q/ha, semé en dérobé), 34 ha de pois de printemps (entre 25 et 45 q/ha), 6,5 ha de féverole d'hiver (30 q/ha). Il implante des couverts végétaux entre chaque culture.

Comment Philippe Houdan a-t-il découvert l'agriculture de conservation ?

Par des rencontres, et notamment par Claude Bourguignon, dont il a suivi une intervention en 1989. C'est grâce à une formation conduite par un de ses voisins agriculteurs qui lui a ensuite fait connaître Frédéric Thomas, qu'il s'est lancé dans le bas volume à partir de 2005. Quant aux macérations végétales, il les a testées après une formation avec Sabine Lory, organisée par un centre de formation.

Philippe Houdan et son frère ont-ils agrandi l'exploitation familiale ?

Non. Ce travail a été effectué par leur père, qui a fait grossir l'exploitation de 70 à 280 ha. Les derniers hectares ont été acquis à l'installation de Philippe Houdan en 1991. C'est l'un des éléments qui explique la capacité des deux agriculteurs à s'investir dans la technique : le parcellaire est consolidé depuis longtemps, avec de grandes parcelles.

Comment les couverts sont-ils implantés ?

L'agriculteur met en place ses couverts le plus tôt possible, de préférence le jour de la moisson. Depuis deux ans, il prend un saisonnier pour avoir le temps de mener à bien cette opération, qui commence par un déchaumage qui intègre le semis.

Pourquoi Philippe Houdan mélange-t-il autant d'espèces dans ses couverts ?

En général, il sème un mélange de féverole, vesce, lentille, auxquelles il ajoute un peu de tournesol et de moutarde. « Plus il y a de plantes, plus on réussit nos couverts », explique-t-il. En cas de problème, l'une des espèces arrive toujours à compenser les faiblesses des autres et au final, le sol est bel et bien couvert.

Comment détruit-il ses couverts ?

Au printemps, il réalise un passage de déchaumeur avant l'implantation de la culture suivante. « Ca réchauffe le sol, ce dont nous avons besoin dans notre zone, au bout du plateau de Langres », précise-t-il. Et à l'automne, il applique un mélange de glyphosate et 2,4 D (à respectivement 0,5 et 0,2 l/ha) à bas volume, soit entre 35 et 50 l/ha. « Avec cette méthode, on peut faire 110 hectares en deux heures et demi », ajoute-t-il. Rien n'est figé. L'idée est de s'adapter.

Philippe Houdan fait-il régulièrement des analyses de sol ?

Non. Depuis 2012, il se contente d'évaluer le taux de matière organique de ses parcelles sans aller plus loin. Les méthodes traditionnelles ne le satisfont pas : il estime que les résultats ne sont pas assez fiables. Il compte retravailler avec la méthode Hérody, qui évalue de façon plus précise à ses yeux le taux de matière organique assimilable par les plantes.

Philippe Houdan a-t-il encore une charrue en réserve ?

Non. Il l'a vendue en 2004. Elle lui servait encore pour 50 hectares par an, notamment avant orge d'hiver une culture « qui n'aime pas la paille non décomposé », précise-t-il.

Comment s'organise le parc matériel de Philippe Houdan ?

Il dispose d'un semoir à double caisse pour le semis direct, qui permet d'apporter au besoin des engrais de fond dans la ligne de semis, et de trois outils clés, tous capables de semer. Il s'agit d'un déchaumeur à disques de 6 mètres à l'avant du tracteur qui envoie des graines juste avant le rouleau, d'un vibro de 9 mètres équipé de dents semeuses avec la cuve à l'avant et d'un décompacteur de 4 mètres (pour réparer les éventuels dégâts liés à la moisson) dont les dents ont été écartées pour ne pas trop bouleverser le sol.

Les limaces posent-elles problème sur l'exploitation ?

Elles sont gérées grâce au déchaumage effectué juste après la moisson. Philippe Houdan ne met pas d'antilimaces sur sa ferme. De manière plus large, l'agriculteur apporte très peu d'insecticides. Contre les sitones du pois, il préfère ainsi apporter du purin d'ortie puis un peu de sucre quand le pois lève.

A quoi servent les macérations végétales ?

Pour Philippe Houdan, « elles servent à préserver le capital « bonne santé » de la plante ». De son point de vue, elles sont préférables à des solutions chimiques car elles permettent de recréer un écosystème favorable à la plante, en préservant les auxiliaires, notamment.

Combien d'applications de macérations végétales l'agriculteur effectue-t-il ?

Sur blé et orge d'hiver, Philippe Houdan réalise un passage à l'automne, un autre au stade épi 1 cm, un troisième au stade 1 à 2 noeuds, un quatrième en sortie dernière feuille. Sur pois de printemps, il passe 2 à 3 fois. En général, les applications d'automne associent purin d'ortie et purin de consoude. Celles de printemps se limite au purin d'ortie.

Peut-il comparer ses résultats avec ce qu'il obtiendrait à l'aide de traitements classiques ?

Avant de se lancer à grande échelle, Philippe Houdan a fait plusieurs essais sur des bandes de 36 mètres. Globalement, que ce soit sur blé ou sur orge de printemps, le purin d'ortie en préventif lui a permis de limiter les coûts sans réduire ses rendements. En 2012, par exemple, il a obtenu des rendements équivalents entre son essai traité avec un mélange Bell (0,27 l/ha) et Comet (0,22 l/ha) au stade dernière feuille et celui dans lequel il a apporté au même stade 5l/ha de purin d'ortie. Il y avait pourtant une pression maladie puisque des quintaux ont été perdus sur le témoin non traité (70 q/ha au lieu de 76 q/ha ailleurs).

Philippe Houdan utilise-t-il des semences de ferme en céréales ?

Oui. Quasiment toutes les semences sont issues de sa ferme. Il est très exigeant sur le calibre et ne sème que les grains de taille moyenne. « On estime que les gros grains n'ont pas subi de stress pendant la campagne, et on préfère ceux de plus petite taille », explique-t-il. En blé, il mélange 5 variétés BPS, parmi lesquelles Rubisko. Il y adjoint un blé bio, Stéfanus, très riche en protéines. Pour renouveler la génétique, il cultive chaque année une ou deux variétés en pur, qu'il ajoute dans son mélange  à hauteur de 1/6è. L'agriculteur estime son coût de semences en blé à 4 euros/q, sachant qu'il sème à 120 kg/ha.

Sur le plan économique, comment se positionne la ferme de Philippe Houdan par rapport à ses voisines ?

D'après les chiffres du CER, l'exploitation de Philippe Houdan se situe au-dessus de la moyenne de son groupe en terme d'EBE (Excedent brut d'exploitation) à l'hectare. Celui-ci était de 405 euros/ha en 2015, pour une moyenne de 350 euros/ha. Les chiffres étaient bien meilleurs qu'en 2014, où ils étaient descendus à 385 euros/ha sur la ferme et à 150 euros/ha pour le groupe. Pour l'agriculteur, cet indicateur à le mérite d'être clair : il montre ce qui est disponible pour rémunérer les emprunts et le travail, le reste ayant déjà été déduit.

Retour sur "Philippe Houdan : des grandes largeurs au travail simplifié"

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