Machinisme 04 novembre 2014 à 08h00 | Par G.Coisel

« Nous valorisons nos rafles de maïs »

Un dispositif de récupération et de valorisation des rafles de maïs a été mis au point par Joël et Éric Lafargue, maïsiculteurs installés dans les Landes.

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(© G. Coisel)

Il faut faire avec ce qu'on a sous la main », rabâchait souvent le grand-père d'Éric et de Joël Lafargue, durant leur jeunesse. C'est de là que l'idée leur est venue. Ces deux Géo Trouvetout ont lancé, en 2006, le pari de valoriser les rafles de maïs jusqu'alors laissées dans le champ. Dépourvus d'azote, les rafles et le haut des tiges sont récupérés pour alimenter un séchoir à grain de confection maison. « On ne récupère qu'environ 20 % de la plante, ce qui permet, avec un hectare de rafles, de sécher trois hectares de maïs à 25-30 % d'humidité. Un tiers de la surface totale de maïs suffit donc pour sécher l'intégralité de la récolte », explique Joël Lafargue.

Au début de l'aventure, personne ne croyait en leur projet, que ce soit pour du séchage ou de la méthanisation, alors aucune aide leur a été attribuée. « À l'heure actuelle, les projets de méthanisation nous ouvrent de nouvelles perspectives, même si la lourdeur administrative reste un frein », constate Éric Lafargue.

 

Un caisson remorqué derrière la moiss'batt

Pour récupérer leurs rafles, les deux agriculteurs ont créé une remorque à caisson de 16 m3 qu'ils ont brevetée et commercialisée. Dans le principe, un tapis élévateur se charge de convoyer les rafles dans le caisson. Pour optimiser le chargement, une soufflerie à entraînement électrique (5,5 KW) a été installée à la sortie du tapis. Pour transvaser la matière dans une remorque routière, le caisson bascule latérale- ment. Un groupe électrogène de 25 kVA suffit pour alimenter la machine.

En cabine, le conducteur bénéficie d'une commande sans fil pour le contrôle de l'outil, ainsi que pour le déchargement de la matière. Une caméra sans fil permet également de contrôler le bon remplissage du caisson. Afin de faciliter les manoeuvres, des capteurs de position ont été installés sur l'essieu de la moissonneuse-batteuse pour éviter tout accroc avec le récupérateur de rafles. Avec ce système autonome et à commande sans fil, les opérations d'attelage ne prennent que quelques minutes quels que soient la marque et le modèle de moissonneuse-batteuse.

« À la conduite, on ne remarque même pas le récupérateur », explique Éric Lafargue. Au niveau de l'organisation de chantier, la récu- pération des rafles nécessite un attelage tracteur-remorque supplémentaire, ainsi que de la main-d'oeuvre en conséquence. Les rafles sont directement transvasées dans une benne, pour éviter le risque de terre à la reprise, incompatible avec les brûleurs de séchoir et les méthaniseurs. Cette étape s'effectue uniquement à l'arrêt, mais ne prend pas plus d'une minute et demie. Le récupérateur de rafles est plein en une vingtaine de minutes, soit un à deux hecta- res de maïs récoltés avec le cueil- leur douze rangs, ce qui laisse largement le temps de faire la navette entre la parcelle et le bâtiment de stockage. « Pour des raisons écono- miques et d'organisation, nous ne rapatrions pas les rafles au-delà d'une dizaine de kilomètres entre la parcelle et le séchoir. »

 

Un hangar dédié et un séchoir adapté

Le hangar ouvert de 800 m2 permet de stocker 4 000 m3 de rafles humides qui ne seront consommées que l'année d'après, une fois sèches. Elles sont reprises au fur et à mesure pour alimenter le séchoir. Un quai de déchargement et une fosse de réception de la matière ont été prévus à cet effet. « L'alimentation, gérée automatiquement, est un point crucial. C'est aussi la partie qui diffère le plus d'un séchoir traditionnel », tient à préciser Joël Lafargue.

Dans le principe, des vis sans fin, une soufflerie et différents capteurs assurent la bonne alimentation du brûleur et empêchent tout risque de bourrage. Côté chaudière, Joël et Éric Lafargue se sont inspirés des chaudières à plaquettes, avec un air chauffé entre 1 500 et 1 800 °C, filtré deux fois. Tout est commandé depuis une console et en cas d'anomalies, les agriculteurs sont prévenus par SMS ou message vocal suivant la gravité. Ils ont là aussi breveté l'outil avant de le commercialiser.

Joël & Eric Lafargue ont de nouvelles perspectives pour valoriser les rafles de maïs avec la confection de pellets pour poêle à granulés.
Joël & Eric Lafargue ont de nouvelles perspectives pour valoriser les rafles de maïs avec la confection de pellets pour poêle à granulés. - © G. Coisel

Un investissement de plus de 500 000 euros

La consommation en rafles s'évalue à 475 tonnes pour sécher 10 000 tonnes de grain avec un séchoir de 300 tonnes de débit journalier (en passant de 30 à 15 % d'humidité). Le transport revient à 15 euros la tonne soit 7 125 euros. Comparativement à un système à gaz, à ce jour, pour une même installation, le prix de revient est de 144 000 euros hors taxe, soit une économie de 136 875 euros en faveur des rafles. Le temps de retour sur investissement est de quatre ans. À titre de comparaison, la solution des plaquettes, elle aussi intéressante, permet une économie de 110 750 euros. Mais le prix des plaquettes et la disponibilité du produit est trop aléatoire.

 



COÛT D'ÉQUIPEMENT Amorti en quatre ans :

? 1 trémie de 40 m3 / 1 alimentation par foyer : 76 800 EUR HT

? 1 foyer réfractaire / 1 générateur / 1 caisson filtrant : 246 000 EUR HT

? 1 système électrique de gestion et mise en route 62 400 EUR HT

? Transport et montage : 45 000 EUR HT

? Bâtiment stockage énergie : 40 000 EUR HT

? Récupérateur de rafles : 90 000 EUR HT

? Soit un investissement total de 560 200 EUR HT

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