Réussir Grandes Cultures 24 juin 2014 à 08h00 | Par R. Lecocq

Monsanto relocalise du maïs semence en France

La firme fait profiter ses deux usines françaises de l’essor du marché, au détriment des trois autres usines continentales. Le doublement des capacités et des surfaces s’accompagne d’un investissement de 150 millions d’euros dans l’Aude et dans les Landes.

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Au premier plan, le parc de séchage pour les semences de base. Au second, le bâtiment assurant le séchage statique des futures semences commerciales
Au premier plan, le parc de séchage pour les semences de base. Au second, le bâtiment assurant le séchage statique des futures semences commerciales - © R. Lecocq

Monsanto s’appuie sur cinq centres de production de semences grandes cultures pour alimenter ses marchés de l’ouest, du centre et de l’est de l’Europe, Russie comprise. La France en constitue la tête de pont, avec deux usines situées à Trèbes dans l’Aude et à Peyrehorade dans les Landes. Les trois autres sites sont situés en Turquie, en Roumanie et en Hongrie. « Pour accompagner le développement de notre activité en semences de maïs, l’ensemble des cinq sites a bénéficié d’investissements d’extension ou de modernisation, déclare Matthieu Beaulaton, directeur de production Europe de l’ouest chez Monsanto. Néanmoins, les investissements les plus les plus conséquents ont été réalisés en France. Et en ce qui concerne les surfaces en production, nous avons décidé de faire profiter la France de la croissance de nos marchés. C’est donc une forme de relocalisation que nous avons opérée, au bénéfice des producteurs français ». Décidé fin 2012 et étalé sur trois ans, le programme d’investissement totalise 150 millions d’euros : 80 millions d’euros au bénéfice de l’usine de Trèbes et 70 au bénéfice de celle de Peyrehorade. Faut-il le préciser : Monsanto ne produit pas de semences Ogm en France.

Des emplois pour le bassin de Carcassonne

A Trèbes, l’ex-usine Asgrow datant de 1976 aura radicalement changé d’aspect et de profil lorsque la seconde tranche de travaux sera achevée en 2015. L’usine va demeurer le centre stratégique de production de semences de base pour Monsanto, avec des expéditions à destination de 33 pays différents. Cette activité a bénéficié en 2013 d’une rénovation du parc de séchage des caissons, comptant 200 emplacements. L’investissement le plus conséquent concernant les semences commerciales. Jusqu’à présent, seul le séchage était réalisé à Trèbes avant l’expédition de la production à Peyrehorade où tout le reste du process était réalisé, jusqu’à l’ensachage final. A partir de 2015, Trèbes maîtrisera toute la chaîne : unité d’effeuillage, séchoir statique, unité de stockage silo-grain, unités d’égrenage et de stockage des rafles, bâtiment process réalisant le calibrage, l’enrobage, l’ensachage et le stockage avant expédition, le tout représentant un investissement de 44 millions d’euros. « Au lieu de faire circuler des camions entre les deux usines, nous livrerons directement nos clients en semences commerciales, souligne Soad Melloul, responsable du site de Trèbes. Cette nouvelle activité va générer la création d’environ 20 emplois permanents et 50 emplois temporaires. Les hybrides commerciaux partiront de Trèbes en direction de 25 pays européens, à commencer par la France. Toutes les semences de maïs que nous commercialisons en France proviennent de nos deux usines françaises ». Monsanto exporte 50 % de sa production française.

 

Des contrats de production pour les agriculteurs

Cette nouvelle activité va délester l’usine des Landes, mais pas la déstabiliser puisqu’elle va bénéficier d’investissements en matière de séchage, avec pour objectif de supporter une montée en puissance de sa propre production. Les retombées économiques sont à la fois immédiates et durables. Dans l’Aude, elles profitent au bassin d’emploi de Carcassonne et bien évidemment aux agriculteurs multiplicateurs, n’en déplaise aux opposants qui ont pénétré illégalement dans l’usine en janvier dernier. « L’investissement réalisé par Monsanto est une excellente affaire pour l’économie audoise en général et pour les agriculteurs en particulier, se félicite Pierre Montiel président du Syndicat des producteurs de semences de maïs de l’Aude. En 2014, le semencier a doublé ses surfaces allouées aux agriculteurs du département. C’est autant de valeur ajoutée captée par nos exploitations. Dans l’Aude comme dans toute la France, les organisations en charge de la production de semences apportent chaque année la preuve de leur compétences, de leur fiabilité et de leurs performances. En 2013 par exemple, année très compliquée au plan climatique, la France a enregistré un rendement moyen de 29 q/ha, soit 85 % du plan de production. Avec une réalisation à 125 %, la Roumanie a obtenu un rendement de 26 q/ha ».

 

L'Aude, département privilégié

L’ouest audois bénéficie d’une situation privilégiée pour produire de semences de maïs. Les conditions d’isolement sont idéales du fait de la faible présence de maïs conso. Elles font du reste de l’Aude le premier département de production de semences de base de maïs, avec une surface d’environ 900 ha répartis entre Monsanto, Pioneer et Kws. La présence de retenues collinaires est un gage d’accès à l’eau, jamais mis à mal à ce jour. Outre l’Aude, les semences commerciales produites par Monsanto à Trèbes proviennent de plusieurs départements de la région Midi-Pyrénées ainsi que de la Drôme. En l’espace de trois campagnes, le semencier a doublé ses surfaces de multiplication en maïs, pour atteindre 14 000 ha. Le niveau est stabilisé à 2500 ha en colza. La France est le principal bénéficiaire de la montée en charge du marché maïs de la firme. « A nos yeux, la France présente de nombreux atouts, confirme Matthieu Beaulaton. Elle bénéficie d’une excellente organisation de la filière. On peut y produire un catalogue de plus de 2000 variétés en ayant la quasi certitude d’être approvisionné en quantité et en qualité. Le tout justifie nos investissements ».


Pour attirer les agriculteurs, courtisés par les différents semenciers, Monsanto apporte des aides à l’investissement dans certains matériels et soutient en particulier les jeunes agriculteurs en quête de contrats et de valeur ajoutée. « Il y a beaucoup d’anciens éleveurs parmi les multiplicateurs, relève Pierre Montiel, ce qui démontre que la production de semences est accessible à tous si l’on s’en donne la peine et les moyens ». Historiquement, Monsanto s’appuie sur des distributeurs, en l’occurrence Arterris dans l’Aude, et contractualise également directement avec des agriculteurs multiplicateurs. Ce qui n’est pas sans poser quelques problèmes de concurrence et de compétitivité intra-départementale (voir encadré). A propos de compétitivité, internationale cette fois, on ne peut pas manquer de relever que la sur-localisation de la production en France, au détriment de la Turquie, de la Roumanie et de la Hongrie dans le cas présent, permet de ne pas désespérer de la capacité de la France, dans la course à la compétitivité, à semer ses concurrents…

En chiffres

- 80 M € : l’investissement consenti d’ans l’usine de Trèbes (11)

- 20 M € : le budget annuel achat de semences de Monsanto versé aux agriculteurs multiplicateurs approvisionnant l’usine de Trèbes

- 70 M € : l’investissement consenti dans l’usine de Peyrehorade (11)

- 25 M € : le budget annuel achat de semences de Monsanto versé aux agriculteurs multiplicateurs approvisionnant l’usine de Peyrehorade

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