Réussir Grandes Cultures 05 février 2013 à 17h08 | Par Christian Gloria

Les packs n'emballent pas les agriculteurs

Existe-t-il des motifs valables à imposer l'utilisation de deux produits différents dans un pack commercial ? Les avis divergent...

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Frédéric Bouet, 200 hectares dans
le Calvados. « Cette année, plutôt que
d'utiliser le pack Adexar + Comet qui
nous a été proposé, j'ai choisi d'acheter
les produits Adexar et Acanto dont
je peux moduler le mélange en fonction
des infestations de maladies. »
Frédéric Bouet, 200 hectares dans le Calvados. « Cette année, plutôt que d'utiliser le pack Adexar + Comet qui nous a été proposé, j'ai choisi d'acheter les produits Adexar et Acanto dont je peux moduler le mélange en fonction des infestations de maladies. » - © C.Gloria
Il ne faudrait pas trop pousser sur les packs ! À l'image de Frédéric Bouet, les agriculteurs apprécient peu ses formes d'emballages imposant une solution de traitement en deux bidons séparés mais accolés. « Les packs ne permettent pas de moduler les doses entre produits dans un mélange comme on le désire. Par exemple, je considérais que le Menara Pack (fongicides Menara + Bravo) était trop dosé en chlorothalonil. Mais maintenant, nous avons le produit tout formulé Cherokee. » Exploitant à Esquay-sur-Seulles dans le Calvados, avec son frère Arnaud, sur 200 hectares de grandes cultures, Frédéric Bouet a une bonne expérience de l'utilisation des packs pour les fongicides céréales. « J'ai testé aussi le pack Comet + Bell Duo qui comportait un bidon de 0,8 litre de Comet (pyraclostrobine) soudé à un bidon de 4 litres de Bell (boscalid + époxiconazole). La strobilurine (Comet) est inutile tant que l'on n'a pas détecté de rouille dans ses blés. Il m'est donc arrivé de n'utiliser que le produit Bell dans ce pack et de me retrouver avec un bidon vide de ce produit collé à un bidon plein de Comet dans mon local phyto.Tout sauf pratique! En plus, ce type de pack est difficile à rincer. » Le comble pour l'agriculteur a été la mise sur le marché, il y a quelques années, de packs de Bayer CropScience associant l'innovant Joao (prothioconazole) à d'autres spécialités contenant des matières actives plus anciennes. « Nous ne sommes pas dupes. C'était une stratégie pour écouler de vieux produits », s'insurge le producteur.Ces packs ont disparu depuis.
JUSTIFICATION TECHNIQUE MISE EN AVANT Ce mode de packaging concerne surtout les fongicides, un peu les herbicides. Pour Stéphane Gontier, responsable marketing fongicides céréales chez BASF, la proposition des packs trouve une justification technique avant tout. « Nous avons principalement neuf offres de ce type en fongicides céréales. Nous proposons par exemple un produit comme Comet systématiquement dans un pack. Cette strobilurine n'est jamais vendue seule pour des raisons de gestion des modes d'action visant à contrer les résistances. C'est d'actualité sur orges par exemple où nous proposons le pack Imtrex (fluxapyroxad) + Comet, très efficace sur l'ensemble des maladies foliaires des orges. » Les risques de résistance seraient effectivement plus importants si les produits étaient utilisés seuls. Il y a aussi un intérêt économique à proposer des produits en pack. « Nous n'occultons pas ce fait.Une offre packagée sera moins chère que les deux produits achetés séparément. » Stéphane Gontier cite l'exemple du pack Osiris Win + Pyros EW (plus compétitif de 10% en offre pack) qui, en plus, permet de lutter contre des souches résistantes de septoriose avec l'association de triazoles et du prochloraze. Spécialiste fongicides céréales chez Arvalis, Jean-Yves Maufras constate une augmentation du prix de Pyros de 30 % récemment. « Mais on retrouve le prix d'origine de Pyros quand on l'achète au travers du pack Osiris Win + Pyro EW. Le gros intérêt des packs, c'est leur prix avec de 15 à 20 % de remise par rapport à des produits vendus séparément », affirme-t-il, tout en reconnaissant aussi la justification technique de certaines associations conçues dans les packs. « Une partie non négligeable des packs n'ont pas de vocation technique mais plutôt une raison commerciale avec un objectif de vendre plusieurs produits en masquant le prix de chacun », souligne plus sévèrement le conseiller d'une grande coopérative.
PAS DANS LE SENS D'ÉCOPHYTO Avec les packs, le rinçage des bidons et leur gestion en tant que déchet apparaient plus complexes, avec davantage de risque de retrouver des produits non utilisés restés dans les bidons. La stratégie des packs ne répond pas au mieux à l'objectif Écophyto de réduction des produits phytosanitaires puisqu'ils sont une incitation à utiliser plusieurs pesticides plutôt qu'un produit complet tout formulé. Le calcul des IFT est en leur défaveur. « D'autre part, un pack est vendu pour un certain nombre d'hectares à traiter alors que dans les faits, on peut les utiliser sur plus de surface par rapport à ce qui est recommandé, note Jean-Yves Maufras. On peut découvrir des packs exclusifs pour des clients distributeurs », ajoute-t-il. Les distributeurs ont la liberté de réaliser eux-mêmes des packs, avec des produits de sociétés différentes à condition que les mélanges soient autorisés. En France, les packs ne souffrent d'aucune limite en suivant la législation sur les mélanges. Au Royaume-Uni, une telle combinaison de produits requiert un enregistrement spécifique avec des informations demandées sur la sécurité d'emploi pour l'utilisateur et l'innocuité pour l'environnement, l'absence de phytotoxicité pour la culture, l'efficacité intrinsèque... On n'est pas loin de l'homologation d'un pack à part entière, au même titre qu'un produit tout formulé contenant les mêmes molécules.
Stéphane Gontier, BASF
Agro. « Certains de nos
produits comme Comet
ou Imtrex seront toujours
vendus au travers
de packs pour éviter
une utilisation solo
qui compromettrait
la lutte contre
les souches résistantes
de pathogènes. »
Stéphane Gontier, BASF Agro. « Certains de nos produits comme Comet ou Imtrex seront toujours vendus au travers de packs pour éviter une utilisation solo qui compromettrait la lutte contre les souches résistantes de pathogènes. » - © C.Gloria

Une séparation obligée avant un assemblage final
Parfois l'association de molécules dans un même produit est tellement incompatible qu'il est nécessaire de les séparer en des emballages différents pour les mélanger ensuite dans la cuve du pulvérisateur. Il n'y a pas d'autre choix que de constituer un pack qui n'est pas commercial mais qui constitue un produit à part entière. C'était le cas du fongicide Ranman pour la pomme de terre. Le produit d'ISK Biosciences commercialisé par Belchim Crop Protection se composait « de deux parts individuelles dans des bidons séparés, la première (Ranman A) contenant la matière active fongicide, la seconde (Ranman B) étant un adjuvant ». Mais les chimistes ont fini par mettre au point un produit à base de cyazofamide dans un seul bidon, Ranman Top, beaucoup plus pratique pour l'utilisateur

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