Réussir Grandes Cultures 13 avril 2017 à 08h00 | Par Valérie Noël

Les débouchés du blé français à consolider à l'export

Le blé français déserte cette année les silos d'Afrique du Nord. D'autres origines le remplacent. Néanmoins, certains acheteurs restent fidèles à l'Hexagone, particulièrement en Afrique subsaharienne. Des débouchés y sont à développer, à condition de bien s'organiser.

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La capacité de la France à livrer des lots de blé de qualité homogène sur une campagne est un atout à l'export, notamment en Afrique subsaharienne.
La capacité de la France à livrer des lots de blé de qualité homogène sur une campagne est un atout à l'export, notamment en Afrique subsaharienne. - © P. Cronenberger

L'export de blé tendre vers les pays tiers sera maigre cette campagne. « Fin décembre, l'Algérie n'avait acheté qu'1,1 million de tonnes de blé français, quasiment la moitié de ce qu'elle avait importé en 2015-2016, indique Roland Guiragossian, responsable des bureaux du Caire et d'Alger pour France Export Céréales. C'est le contrecoup de la mauvaise récolte 2016. » La part de marché de l'Hexagone est ainsi passée de plus de 60 % en décembre 2015 à 40 % fin décembre. « L'an passé, nous avions eu une très bonne seconde partie de campagne, mais là, nous avons mangé notre pain blanc avec les quelque 100 000 tonnes qui restaient de la récolte 2015 », estime le spécialiste. Même chose au Maroc. « Au mois de juin 2016, nous avions pronostiqué d'exporter 2 millions de tonnes, indique Yann Lebeau, responsable du bureau de Casablanca de France Export Céréales. Aujourd'hui, nous espérons faire 300 000 tonnes sur la campagne, sachant que mi-février, nous étions en fait à 50 000 tonnes. » Fort d'une petite récolte, le Maroc est pourtant bien aux achats, et ce depuis le tout début de campagne. La situation n'est pas meilleure en Égypte, autre grosse destination du blé français : aucun volume n'a été proposé pour répondre aux appels d'offres du Gasc, office public égyptien qui gère la moitié des importations du pays. « Les achats de blé français par l'Égypte sont de toute façon très conjoncturels", note Roland Guiragossian. Pour preuve, la part du blé français dans les achats du Gasc est passée de 40 % (2 Mt) en 2014-2015 à 14 % (720 000 t) en 2015-2016.

Des marchés d'opportunité au Maghreb

Qui remplace cette année l'origine française ? En Algérie où les appels d'offres de l'OAIC (Office public algérien des céréales) ne fixent pas les origines, ce sont les blés lettons, allemands, polonais et même suédois. « On commence à les voir venir depuis l'épisode malheureux de la récolte 2014 et les grains germés qui ne correspondaient pas au cahier des charges de l'OAIC, remarque Roland Guiragossian. Pour la deuxième fois en trois ans, nous avons des difficultés. » L'atout de nos concurrents ? « C'est essentiellement d'être là », estime le professionnel. Au Maroc, qui privilégie l'origine française bien adaptée à sa panification, l'équation qualité-prix reste à la base des choix des meuniers, tous privés. Or cette année, l'avantage est aux États-Unis. « Cela fait huit ans qu'ils proposent sans succès du blé au Maroc dans le cadre de contingents à droits de douane réduits, relève Yann Lebeau. Mais cette année, la grosse récolte américaine a permis de faire baisser les prix. » Grâce à ces blés « hard », plus riches en protéines, les meuniers marocains complètent leurs achats européens, d'origine roumaine surtout, ainsi que les blés ukrainiens acquis en début de campagne. Et en Égypte, la Russie et sa récolte pléthorique se taillent la part du lion avec plus de 2,8 millions de tonnes de blé vendu à fin janvier, soit plus de 70 % des importations du pays. Le Gasc est d'autant plus enclin à acheter russe que ces clients meuniers apprécient ces blés. « Les taux d'humidité sont plus bas que sur les blés français, avec un taux de protéines à 12 %, précise Roland Guiragossian. C'est une donnée importante, car les moulins qui ont contracté pour la farine subventionnée font peu de marge. Un point d'humidité en moins peut faire une différence. » De fait, la qualité des blés français à l'export reste moyenne, qu'il s'agisse d'humidité ou de protéines. « La teneur en protéines donne la force de la farine, sa capacité à absorber les chocs là où est fait le pain, explique Jean-François Lépy, directeur général de Soufflet négoce. Lorsque la densité de la farine est plus forte, il est plus facile de la travailler dans des conditions extrêmes, qui ne sont pas optimales en humidité ou en température. » Et au-delà de leur qualité intrinsèque, les blés français ne font pas toujours "bonne impression". « Nous devons faire très attention à la qualité visuelle des lots, qui fait partie de notre image de marque, note ainsi Jean-François Lépy. Lorsque les lots ont été massifiés et passés dans un silo de réexpedition, il n'y a en général pas de problèmes. Mais nous avons de plus en plus de lots qui sortent en direct des fermes. C'est logique, cela évite les ruptures de charge. Mais le blé qui en sort doit absolument être aux normes. »

Des clients à fidéliser en Afrique de l'Ouest

S'ils ne sont pas parfaits, les blés de l'Hexagone gardent toutefois des adeptes. « Cette année, les ventes vers l'Afrique subsaharienne à février ont proportionnellement augmenté par rapport à 2015-2016, sachant que l'on part de volumes plus faibles, observe Yann Lebeau. La Côte d'Ivoire a ainsi réussi à acheter près de 90 % de blés français, comme d'habitude. » Pour le professionnel, un vrai potentiel existe, d'autant plus que ces marchés, exigeants, rémunèrent la qualité et qu'ils croissent en moyenne de 5 % par an. Pour les petits meuniers d'Afrique de l'Ouest, le blé français a pour lui de présenter, grâce au travail de la filière, une bonne homogénéité sur une campagne. « Cela permet à un petit moulin de ne pas avoir à refaire ses réglages entre chaque lot », indique Jean-François Lépy. C'est un argument de vente, car faute de capacité de stockage et d'équipements, les meuniers ont peu de flexibilité dans leurs process.

Mais encore faut-il que la marchandise soit là : cette année, les blés français ne représentent en moyenne que 40 % de leur approvisionnement contre 80 % habituellement. « Les meuniers sont obligés de s'adapter, de même que leurs clients boulangers, observe Yann Lebeau. Une brèche est créée : ce n'est pas dit qu'ils voudront revenir en arrière l'année suivante. » Pour le professionnel, il est indispensable de se positionner tôt, avec des produits qui correspondent aux besoins des clients : « Depuis des années, la France attend janvier pour commencer à exporter, regrette-t-il. Il faut commencer les mises en marché dès septembre, sous peine de n'être qu'un outsider, ce que l'on ne peut pas se permettre compte tenu de la place de l'export pays tiers dans nos débouchés. »

Se préparer à une nouvelle donne en Égypte

Aujourd'hui, quasiment 100 % du blé français que l'Égypte importe est acheté par le Gasc. Mais cette configuration pourrait évoluer. " Des réformes sont en cours, et il se peut que le système de subventions du pain change, prévient Roland Guiragossian. L'argent pourrait être versé directement aux citoyens sous forme d'une allocation financière, et non plus aux transformateurs. Une présence des opérateurs français plus marquée sur le marché privé permettrait de poser des jalons pour l'avenir. » Si le prix est déterminant, la connaissance des besoins de ses clients, les relations personnelles et l'offre de services qui accompagne le blé peuvent aussi aider à faire la différence.

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