Réussir Grandes Cultures 26 octobre 2012 à 09h35 | Par Nicole Ouvrard

Le fonds céréaliers-éleveurs vise la modernisation des élevages

Le fonds de modernisation céréaliers-éleveurs ou FMCE est lancé et a pour but de soutenir l'investissement dans les exploitations d'élevage.

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L'idée est d'abonder un fonds, grâce à un prélèvement de 2 euros la tonne de grains livrés, à destination des filières d'élevage.
L'idée est d'abonder un fonds, grâce à un prélèvement de 2 euros la tonne de grains livrés, à destination des filières d'élevage. - © B. Compagnon-Archives

Le fonds de soutien au secteur de l'élevage, qui s'appelle Fonds de modernisation Céréaliers-Eleveurs (FMCE), a été officiellement créé le 24 octobre suite à la signature de l'accord entre les membres fondateurs, l'AGPB, l'AGPM, la FOP, Coop de France et FNA (négoce). Ces derniers ont aussi paraphé les statuts de l'association qui va le gérer, nommée Intergrains. « Ce fonds repose entièrement sur une démarche volontaire, ce qui est une première, souligne Philippe Pinta, président d'Orama. A situation particulière, réponse particulière. Notre objectif est d'aider l'élevage de manière structurelle. On a besoin les uns les autres pour être efficaces. Or, le secteur de l'élevage consomme la moitié des tonnages de céréales produites en France. »


Contribution volontaire, pas obligatoire

L'alimentation de ce fonds sera assurée aux moyens de cotisations volontaires, dites « contributions volontaires céréaliers-éleveurs » (CVCE), provenant des livreurs de céréales et d'oléagineux qui le souhaitent et perçues par les coopératives et le négoce. Le montant proposé pour la campagne 2012 est de deux euros par tonne de grain livré. « Nous ferons un seul appel de versement en fin de campagne 2012-2013, précise Christophe Terrain, président de l'AGPM. Ce sera plus facile à gérer car chacun connaîtra ses volumes livrés et on ne fera pas de différence entre ceux qui ont vendu au prix ferme et ceux au prix de campagne. » Si Bercy donne son feu vert, cette contribution sera considérée comme des charges pour le céréalier.


Un comité d'engagement décidera des utilisations du fonds. Il sera composé de quatre collèges : les syndicats spécialisés grandes cultures de la FNSEA (AGPB, AGPM, FOP) ; ceux d'élevage (FNB, FNPL, FNP, CFA) ; la collecte et les fabricants d'aliments du bétail et enfin les syndicats généralistes c'est-à-dire la FNSEA, JA, la Confédération paysanne et la Coordination rurale si ces deux syndicats minoritaires acceptent d'y rentrer.


Relancer les investissements

Le but de ce fonds est de financer des actions pour relancer les investissements dans les exploitations d'élevage qui sont en érosion continue depuis plusieurs années, d'où une plus grande fragilité que dans d'autres pays, comme l'Allemagne ou les Pays-Bas, face à la baisse des prix de marché et des augmentations des coûts de l'aliment. « Il peut s'agir de modernisation des bâtiments d'élevage, de l'amélioration des conditions de travail, de la génétique animale ou de la relance de l'engraissement », illustre Philippe Pinta. Une réflexion va être menée filière par filière pour savoir comment l'argent sera redistribué. « L'argent redescendra bien auprès des éleveurs sous forme de subvention, assure-t-il. Cela peut aussi avoir un effet de levier pour obtenir des garanties auprès des banques ou d'autres organismes. »

LES REACTIONS


Jean-Michel Serre, président de la fédération nationale porcine (FNP)

« Nous avons effectivement un retard d’investissement, hormis ceux obligatoires pour le bien-être animal. Le fait de restructurer et de moderniser les élevages peut nous permettre de rattraper les pays voisins, surtout en engraissement. Je crois beaucoup à l’effet levier. Nous avons pu constater ce phénomène fin 2011. Nous n’avions pas consommé toute l’enveloppe d’aides « bien-être animal ». Il restait 5 millions d’euros. Le fait d’avoir une incitation à l’investissement a incité les éleveurs de porcs à investir davantage. »


Michel Prugue, président de la confédération française de l'aviculture (CFA)

« Dans le secteur de l’aviculture, il n’y a pas les capacités financières pour renouveler les outils de production, surtout sur la haute valeur ajoutée. Nous comptons intervenir auprès de ceux qui jouent l’organisation de marché, en s’attachant à soutenir les économies d’énergie, la baisse des indices de consommation des animaux mais aussi les investissements plus lourds notamment en termes d’énergie renouvelable. »


Pierre Chevalier, président de la fédération nationale bovine (FNB)

« Cette initiative est historique, dans le cyclone des prix mondiaux que nous connaissons. La France détient 25 % de la capacité de production de viande européenne, mais nous sommes en érosion. Nous allons élaborer un plan stratégique de relance de la production. Cette initiative de la part des productions végétales est l’un des maillons de la réussite, tout comme la mise en œuvre d’un contrat de filière. Nous nous engageons à expliquer l’emploi de l’argent collecté. »


Thierry Roquefeuille, président de la fédération nationale des producteurs de lait (FNPL)

« Il y a des besoins en termes de modernisation des bâtiments, de robotisation. L’enjeu est important, mais cela ne doit pas dédouaner les pouvoirs publics de leurs engagements. Ne mélangeons pas la restructuration de la filiière laitière avec la conjoncture. »

 

Philippe Collin, porte-parole de la Confédération paysanne

« Je suis troublé par cette notion de solidarité qui impose la manière dont le receveur doit dépenser les subsides. De plus, les céréaliers réclament en contrepartie une refonte du mécanisme de déduction pour aléas, qui a pour but de réduire les impôts de ceux qui gagnent le plus. Ce n'est pas la priorité dans le contexte actuel. »


Coordination rurale

Pour la section viande de la CR, "aucune amélioration de la situation des éleveurs nest envisageable par ce biais-là. Quels sont les éleveurs qui pourront investir alors quils sont déjà pris en étau entre l'augmentation des coûts de production et la stagnation des prix de vente ? " Pour l'OPG, "un prélèvement de 2 € par tonne de céréales représente 1000 € pour une ferme céréalière type, qui a déjà été amputée pour ce même motif de solidarité, sans grand effet pour les éleveurs, il y 3 ans lors du bilan de santé de la PAC." La CR réclame la liberté pour les céréaliers de vendre leurs grains directement aux éleveurs. "Cet aménagement simple apporterait une économie directe de 10 pour chaque tonne achetée. »

 



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