Réussir Grandes Cultures 04 décembre 2013 à 08h00 | Par Propos recueillis par Gabriel Omnès

« Le débat sur l’huile de palme rappelle celui sur les OGM » observe Alain Rival

Pour Alain Rival, chercheur au Cirad, l’expansion du palmier à huile peut être un vecteur de développement au Sud si elle est encadrée avec les outils législatifs adaptés.

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Alain Rival : " Comment faire cohabiter 
une culture attractive 
pour les producteurs et la sanctuarisation des derniers points chauds de biodiversité ? 
Voilà le vrai débat. "
Alain Rival : " Comment faire cohabiter une culture attractive pour les producteurs et la sanctuarisation des derniers points chauds de biodiversité ? Voilà le vrai débat. " - © G. Omnès

Vous craignez que la controverse sur l’huile de palme ne prenne la même voie que celle sur les OGM. Quels sont les points communs ?


Ces deux polémiques se développent de manière incontrôlée, avec des connaissances souvent très superficielles chez les acteurs de la controverse qui conduisent à des contrevérités. On exagère par exemple la déforestation d’un côté, de l’autre, on affirme qu’une plantation de palmiers est comparable à une forêt primaire. Mais le vrai débat, c’est : comment répondre à la demande croissante en huile au Sud ? Comment organiser la cohabitation forcée sous les tropiques entre une commodité rémunératrice, donc très attractive pour les agriculteurs, et l’indispensable sanctuarisation des derniers points chauds de biodiversité ? Si le débat se cristallise autour d’opinions définitives, affectives plus que scientifiques, il peut devenir un sujet catalogué comme socialement épineux. Et l’on a vu avec les OGM en Europe comment la crispation de l’opinion a conduit à l’arrêt des programmes publics de recherche, laissant le champ libre à ceux dont on était censé valider les résultats.


Pour vous, le palmier à huile n’est pas mauvais par nature. Tout dépend du choix de société dans lequel il s’inscrit…


Le palmier est une plante tropicale dans un milieu tropical. Le débat porte sur la façon de l’exploiter et sur la répartition des richesses qu’il génère. On parle de pays qui ont besoin de se développer, où les niveaux de vie sont encore très bas, surtout dans les campagnes. Les agriculteurs du Sud, qu’ils soient employés dans des grandes plantations ou planteurs autonomes, choisissent le palmier car c’est la culture la plus rentable du moment. Elle peut dégager jusqu’à 1 000 ou 2 000 dollars de bénéfice net à l’hectare en Indonésie. Avec dix hectares, c’est mieux qu’un RMI en France ! Dans presque tous les cas, le palmier est le facteur qui fera passer de la misère à la pauvreté, puis à la classe moyenne, et permet d’envisager l’éducation des enfants. Son expansion peut être un vecteur de développement, mais qui ne marche pas toujours, ni pour tous les planteurs. L’accès au foncier, notamment, est déterminant.


La déforestation est-elle une réalité ?


Il n’y a pas de lien automatique entre palmier et déforestation. On déboise parce que les collectivités locales ou nationales décident de développer tel territoire. Tout dépend ensuite de la conjoncture, qui va définir si c’est le caoutchouc, le cacao ou encore l’huile de palme qui est le plus rentable. En Indonésie, le palmier compte pour moins de 30 % de la déforestation récente. Ce n’est pas rien, mais que sont devenus les autres 70 % ? Et en Malaisie ou au Brésil, la déforestation a été considérablement freinée.


Quel est le rôle de l’État ?


Il est déterminant. C’est lui qui donne le droit de couper la forêt, qui doit cadastrer, donner des titres de propriété… Il faut des outils législatifs pour encadrer le développement du palmier, comme pour tout autre secteur choisi politiquement comme un moteur de développement. C’est d’ailleurs l’une des critiques émises à l’encontre de la RSPO, la table ronde internationale pour la durabilité de l’huile de palme, qui réunit des acteurs privés tels que des industriels et des ONG, mais pas les États. La RSPO s’entend par consensus sur des principes et des critères de durabilité, fait évoluer la filière vers la certification, mais c’est un Code de la route sans gendarmes. Elle est accusée d’être trop vague, contournable, détournée pour du green washing. Tout cela est vrai, mais c’est une étape utile de dialogue avant une certification ayant force de loi nationale. La filière s’est rapidement et considérablement moralisée.

La Palme des controverses, éditions Quæ, 15 E.
La Palme des controverses, éditions Quæ, 15 E. - © Editions Quæ

Identité

 

Alain Rival est correspondant pour la filière palmier au Cirad. Il étudie ce secteur au plus près du terrain, notamment en Asie, depuis plus de 20 ans, et coordonne plusieurs projets de recherche internationaux.

 

Avec Patrice Levang, chercheur à l’IRD, il vient de publier La Palme des controverses, un ouvrage qui a pour but de rassembler les informations nécessaires au citoyen pour se forger une opinion sur l’huile de palme.

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