Réussir Grandes Cultures 08 mars 2016 à 09h00 | Par Valérie Noël

François Mellon : la luzerne comme pilier de la rotation

Légumineuses et travail du sol sont au coeur de la stratégie de François Mellon, agriculteur à Villotran dans l'Oise.

Abonnez-vous Réagir Imprimer
Au départ, François Mellon a semé de la cameline pour avoir un tuteur pour ses lentilles. Puis, il s'est aperçu qu'il y avait de la demande pour de l'huile.
Au départ, François Mellon a semé de la cameline pour avoir un tuteur pour ses lentilles. Puis, il s'est aperçu qu'il y avait de la demande pour de l'huile. - © V. Noël

Pour en savoir plus : consultez les questions-réponses relatives à la ferme de François Mellon.

Une rotation sur sept ans, bientôt huit, et pas de produits chimiques : c’est l’équilibre auquel est parvenu François Mellon, qui exploite 125 ha dans l’Oise. Il a commencé en 2000 grâce aux CTE (Contrats territoriaux d’exploitation) avant de tout convertir en 2010. Une démarche pragmatique, permise par les bons résultats obtenus entre 1992 et 1998 dans le cadre d'une expérimentation régionale visant à réduire de 25 % les intrants (phytos, azote). « Il faut avoir le temps de faire évoluer son esprit, car le bio, ça demande de changer son organisation », estime l'exploitant.

La stratégie de François Mellon résulte de tatonnements et d'opportunités. Son assolement en est un bon exemple. « Entre 2000 et 2010, j’étais plutôt sur une rotation de quatre à cinq ans, avec de la féverole, du blé, du trèfle, de l’orge et du pois. J’avais des résultats aléatoires en féverole, j’apportais de la vinasse de betteraves et des fientes de volailles pour compenser les exportations. » Aujourd’hui, la rotation tourne sur huit ans, avec trois luzernes pendant lesquelles il ne fait « rien », suivies par une orge, un blé, un mélange de lentille/cameline puis un triticale. La fertilisation est réduite à son minimum. Une rotation rendue possible par la mise en place en 2010 d’une filière bio à l’usine de déshydratation voisine. « Comme la luzerne ne nécessite pas d’intervention, j’ai pu sauter le pas avec mes parcelles très caillouteuses, que j’hésitais à convertir », ajoute-t-il.

Une faible pression des adventices dès le départ

L’agriculteur règle le sort des adventices à coup de travail du sol. « On passe la charrue tous les ans, sauf derrière les lentilles », indique-t-il. Et il fait plus quand il le faut. « Au final, on n’intervient pas aussi souvent qu'on l'imagine, nuance François Mellon. C'est aussi parce que nous sommes partis d’une ferme 'propre' au départ, avec un faible stock de graines adventices.» Un peu d'huile de coude est tout de même nécéssaire : 15 jours par an, l’agriculteur et son salarié arrachent à la bêche les rumex. L’autre astuce de François Mellon consiste à semer tard, début novembre, après avoir travaillé le sol. "En janvier, j’ai des blés clairs, mais propres. » Côté maladie, l'exploitant est épargné… à l’exception en 2015 d'un épisode de rouille, une maladie de faiblesse. Sa recette, s’il en a une ? Profiter des bois qui entourent ses parcelles et les isolent. Les haies qu’il a replantées lui permettent par ailleurs de réguler les colonies de pucerons au printemps. Le travail du sol est également essentiel. « Je ne saurais pas faire du bio sans labourer et déchaumer », insiste-t-il.

L’agriculteur ne cache pas que le chemin vers le bio est long. « J’ai revendu mon pulvé il y a trois ans seulement, illustre-t-il. J’avais toujours en tête que je pourrais retourner au conventionnel en cas de problème. Mais j’ai réalisé que je n’en avais plus envie et que je n’en étais plus vraiment capable." La connaissance des produits finit par s'oublier.

Membre d’un groupe d’agriculteurs bio qui travaille avec la chambre d’agriculture, il expérimente chaque année de nouvelles choses et en est ravi. 2016 ne fera pas exception. La douceur de l'hiver n'a pas servi l'agriculteur, ses champs n'ont jamais été aussi sales. Il devra donc innover pour préserver son rendement.

Priorité à l’alimentation humaine

Hormis la luzerne qui part en déshydratation, François Mellon valorise toutes ses cultures en alimentation humaine ou en semences. « C’est pour cela que je me suis intéressé aux lentilles, une valeur sûre pour les consommateurs bio, dont le nombre ne cessent d'augmenter, qui veulent moins de viande et plus de légumes secs. » C’est grâce à elles qu’il a découvert la cameline, qu'il presse chez un voisin puis embouteille et vend au réseau Biocoop, notamment. « De manière générale, j’essaie de réduire les intermédiaires», souligne-t-il.

Oise/François Mellon : 100 % bio

. 125 ha avec 7 cultures (et 12 ha de verger, 1 ha de rhubarbe)

. 2,5 UTH

. Blé tendre : 185 €/ha de charges opérationnelles, 40 q/ha, vendu 360 à 400 €/t

. Cameline : 1500 €/t de charges (triage, pressage, embouteillage), 7 à 8 q/ha, vendue 4000 €/t

. Projets : introduire du blé de printemps, développer la cameline en pur en bordure de champ, réfléchir à un projet de méthanisation pour valoriser les déchets agricoles

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Réussir Grandes Cultures se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

Réussir Grandes Cultures

Machinisme agricole

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 21 unes régionales aujourd'hui