Réussir Grandes Cultures 14 octobre 2013 à 08h00 | Par Propos recueillis par Gabriel Omnès

« La couverture du risque prix en génère d’autres » estime christian Pèes de Coop de France

Maîtriser le risque prix est devenu un enjeu majeur pour les coopératives confrontées à la volatilité des cours des grains. Une révolution qui influence la relation aux adhérents.

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Christian Pèes : « Un compte d’exploitation peut être dans une perspective positive au moment 
de déboucler les positions, mais avec un passage périlleux 
à franchir avant »
Christian Pèes : « Un compte d’exploitation peut être dans une perspective positive au moment de déboucler les positions, mais avec un passage périlleux à franchir avant » - © G. Omnès

Coop de France a récemment lancé la Charte de bonnes pratiques de gestion du risque prix auprès des coopératives. Quel est son but ?
Cette charte est une étape supplémentaire après la publication, en 2012, d’un guide des bonnes pratiques sur ce sujet. Nos marchés ont violemment évolué depuis 2007 avec l’accroissement de la volatilité. Les agriculteurs et les coopératives en ont perçu les opportunités, mais aussi les risques. D’autant plus que l’utilisation d’outils de couverture, qui s’est fortement développée, peut elle-même conduire à des prises de risques. Il fallait donc répondre au besoin d’harmonisation des pratiques exprimé par les coopératives. Cette charte vise aussi à démontrer aux partenaires financiers et institutionnels du monde coopératif le sérieux de ces entreprises. Il s’agit notamment de donner des garanties à FranceAgriMer et, indirectement, à Bercy.


Pourquoi les outils de couverture génèrent-ils du risque ?


Le principal enjeu est celui de la mobilisation de la trésorerie. Sur les marchés à terme, les appels de marge peuvent représenter des millions d’euros ! Ainsi, un compte d’exploitation peut être dans une perspective positive lorsque arrivera le moment de déboucler les positions, mais avec un passage périlleux à franchir avant. C’est la limite du système : la couverture ne doit pas dépasser les capacités de chaque structure à faire face aux appels de marge. L’adhérent ne se rend pas toujours compte qu’aller chercher la meilleure performance prix se traduit souvent par un risque prix fort pour sa coopérative, et peut mobiliser énormément de cash. La volatilité change donc également la relation avec l’adhérent et nécessite beaucoup de pédagogie. Les coopératives se dotent de boîtes à outils pour répondre à l’appétit plus ou moins grand des agriculteurs, outils allant du prix moyen à des stratégies présentant des risques de perte.


Qu’apporte la charte ?


Les coopératives n’ont pas attendu la charte pour mettre en place des choses, mais celle-ci permet de vérifier qu’il n’y a pas de trous dans la raquette. Elle comporte quinze engagements, qui feront l’objet d’audit par des prestataires externes. Chaque coopérative doit connaître et mesurer son risque afin de ne pas partir à l’aventure, puis fixer les limites acceptables, qui dépendent notamment de sa capacité en fonds propres. Si ces derniers sont importants, le conseil d’administration peut donner à ses équipes des possibilités supplémentaires pour optimiser ses positions. Vient ensuite la création du cadre de gestion, qui détermine les moyens mis en œuvre pour respecter ces limites, et enfin la mise en place d’un véritable contrôle en interne séparé de la décision et de l’exécution. Ce contrôle était un peu le parent pauvre dans les coopératives et constitue une véritable innovation.


Qu’implique ce contrôle ?


Une fois les limites fixées, il faut s’assurer qu’elles sont bien respectées. L’activité de commercialisation des grains est devenue un métier extrêmement technique, avec un jargon parfois incompréhensible. Il y a bien souvent un ou des spécialistes au sein de la coopérative, mais ils doivent être sous le contrôle de la direction générale et du conseil d’administration. Il est indispensable que ces instances sachent, à une fréquence adaptée, où en est la coopérative dans ses positions. La collégialité de la responsabilité est désormais indispensable. Il y a bien sûr des gens très compétents, mais le trader magique, c’est un fantasme. La performance est avant tout une question de travail et d’organisation.

- © Le Sillon

Identité

Christian Pèes est président de Coop de France-Métiers du grain. Il est également, depuis 2000, président du groupe Euralis, groupe coopératif agricole et agroalimentaire basé à Pau, et a été élu en 2012 président de la Cogeca (Confédération générale des coopératives agricoles de l’Union européenne).

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