Réussir Grandes Cultures 11 janvier 2017 à 08h00 | Par Propos recueillis par Valérie Noël

« La classe moyenne riche a des doutes sur la qualité de l’agriculture chinoise »

Alain Bonjean, directeur du service d’informations stratégiques chez Limagrain, a vécu et travaillé à Pékin de 2001 à 2014. Il nous livre son opinion sur les rapports des Chinois avec le monde agricole occidental.

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Alain Bonjean est également co-auteur du livre « Nourrir 1,5 milliard de Chinois en 2030 », paru en 2014 aux éditions De Boeck.
Alain Bonjean est également co-auteur du livre « Nourrir 1,5 milliard de Chinois en 2030 », paru en 2014 aux éditions De Boeck. - © V. Noël

Comment analysez-vous les relations de la Chine avec les États-Unis « agricoles », principal producteur mondial de maïs et de soja ?

Alain Bonjean - Les Chinois sont dans un grand jeu de compétition avec les États-Unis, à qui ils achètent leurs sojas et leurs maïs, et à qui ils vendent de multiples biens de consommation. En acquérant les spécialistes internationaux du trading que sont Noble et Nidera, la Chine cherche à conforter sa deuxième source d’approvisionnement en soja, maïs et sorgho, l’Amérique latine. Elle essaie également de développer une agriculture africaine d’exportation, une stratégie plus ou moins bien accueillie selon les États. Mais ça ne fonctionne pas si mal, car les Chinois envoient sur place des cadres et des ouvriers qui font aujourd’hui marcher de nombreux commerces locaux, et c’est important. La Chine travaille également à remonter de nouvelles routes de la soie, à la fois terrestres, maritimes et ferroviaires. Elle veut faire de l’Eurasie son grenier. Le Kazakhstan, notamment, est visé…. Cela ne m’étonnerait pas que la Chine produise moins de blé dans quelques années du fait de cette stratégie. Mais elle n’y est pas encore.

Vous parlez de l’Afrique, mais la Chine commence également à investir dans l’agriculture ou l’agroalimentaire français. Au fond, qu’en attend-elle ?

A. B. - La sécurité sanitaire devient un vrai sujet en Chine. La classe moyenne riche a aujourd’hui des doutes sur la qualité de l’agriculture chinoise. Pour un certain nombre de produits, tels le lait infantile, elle a tendance à aller se servir à l’étranger. Le rachat de l’usine Sinutra de Carhaix en est un exemple. Il s’agit de ramener en Chine du lait de qualité. Cette qualité, de mon point de vue, peut se vendre. Les Chinois ne paieront pas plus cher, mais ils assureront un débouché à nos produits, l’origine européenne étant en soi un gage de qualité. Je vais vous donner un exemple concret. Depuis sept ou huit ans, les médecins chinois se plaignent que leurs plantes médicinales sont plus chargées en métaux lourds qu’en principe actif. Eh bien une société sino-canadienne a choisi de faire produire des plantes en Suisse, parce que l’image du pays est très bonne.

La qualité des productions européennes et françaises peut faire la différence auprès des Chinois, notamment sur une culture comme l'orge.
La qualité des productions européennes et françaises peut faire la différence auprès des Chinois, notamment sur une culture comme l'orge. - © V. Marmuse

Mais les Chinois ne vont-ils pas finir par acquérir ces savoir-faire en matière de qualité ?

A. B. - Le contrôle qualité n’existe pratiquement pas en Chine car personne n’a vraiment été formé. Culturellement, c’est une notion difficile à faire passer. Par exemple, alors que les Chinois connaissent et pratiquent le marquage moléculaire en sélection de semences, ils ne savent pas l’utiliser pour faire des contrôles qualité. Il n’est pas sûr qu’ils s’approprient nos savoir-faire. Plutôt que de réinventer des procédés, leur culture consiste à se renseigner pour savoir où se trouve le savoir. Si les Chinois sont contents de la production européenne et de sa qualité, des relations de confiance peuvent s’établir dans la durée. De mon point de vue, les Chinois seront plutôt des clients potentiels de nos agricultures qu’une menace pour notre industrie.

 

Voir aussi article "Mutations en cours dans l'empire du Milieu".

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