Réussir Grandes Cultures 11 novembre 2011 à 08h35 | Par Nicole Ouvrard

JEAN-MARC PUJOL, CHIMISTE CHEZ RHODIA - « Les végétaux nous offrent des possibilités infinies »

La chimie du végétal n’en est plus au stade du concept et les perspectives sont immenses, selon le chimiste Jean-Marc Pujol de Rhodia.

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Jean-Marc Pujol, Rhodia Novecare
Jean-Marc Pujol, Rhodia Novecare - © N. Ouvrard

Pourquoi un industriel de la chimie comme Rhodia s’intéresse à la chimie du végétal ?
Actuellement, la chimie utilise 5 % de la consommation mondiale de pétrole pour ses matières premières.Dans la perspective d’une raréfaction de celui-ci, il nous faut trouver des alternatives. Par ailleurs, la directive européenne Reach et les autres réglementations dans le monde visant à éliminer les molécules ayant un profil environnemental dépassé, créent des opportunités pour les acteurs engagés dans le développement durable. Dans le cadre du Grenelle de l’environnement, les industriels français de la chimie ont affiché l‘ambition d’utiliser 15 % de matières premières renouvelables d’ici 2017. Chez Rhodia, déjà 11 % des matières premières carbonées au niveau mondial sont issues de sources végétales.

Quels sont les atouts de la chimie du végétal ?
L’enjeu est de trouver des matières premières compétitives en coût et en capacité d’innovation. C’est le cas des produits d’origine végétale qui offrent des possibilités infinies. Soit on cherche à synthétiser les mêmes molécules que celles issues de la pétrochimie, soit on en crée de nouvelles qui offrent des fonctionnalités inédites et améliorées, permettant de nouvelles applications.

Pouvez-vous donner des exemples ?
L’utilisation de l’éthanol végétal est en plein essor. Celui-ci permet de produire notamment des solvants oxygénés, de l’éthylène, de l’oxyde d’éthylène pour plastiques et tensioactifs. Rhodia est le premier utilisateur d’éthanol biosourcé pour la chimie. Le glycérol, coproduit du d’investigation pour les chimistes. Nous avons mis au point un nouveau solvant, un cétal issu du glycérol utilisé dans les peintures. La chimie des huiles permet quant à elle de produire des monomères entrant dans la fabrication des thermoplastiques polyamides dont certains ont de meilleures performances que ceux issus du pétrole. Nous fondons de grands espoirs sur les technologies blanches, basées sur des réactions enzymatiques, la valorisation de la biomasse grâce à des raffineries lignocellulosiques, et à plus long terme la chimie issue des algues.

Quels sont les champs d’application ?
Ces molécules, tensioactifs, polyamides, guars, intéressent la cosmétologie, la plasturgie, la protection des cultures avec les additifs et solvants entrant dans la formulation des produits phytosanitaires, les fabricants de lessive, l’industrie de l’extraction du pétrole ou celle des pneumatiques, qui utilisent des additifs aux propriétés très particulières, et aussi l’alimentaire. Nous avons mis au point une vanilline naturelle de fermentation qui est utilisée dans les crèmes glacées, les chocolats et les boissons.

Rhodia est l’un des fondateurs de l’association Chimie du végétal ou ACDV. Quel est son rôle ?
L’ACDV n’a pas d’équivalent dans le monde. Elle a une approche filière en rassemblant tous les acteurs concernés par le sujet, de la production agricole jusqu’aux marchés des consommateurs en passant par les industriels de la chimie. C’est une force qui permet de monter des projets communs et d’oeuvrer à la reconnaissance nationale et européenne de la chimie du végétal.

La France est-elle bien placée ?
Grâce à un secteur agro-industriel fort, il existe une vraie dynamique en France, ce qui génère des emplois. Nous avons des soutiens financiers de l’État en favorisant la structuration de projets collaboratifs tels que Pivert sur les oléagineux à Compiègne ou Indeed à Lyon. Par ailleurs, la chimie du végétal a été retenue comme axe stratégique au niveau des marchés porteurs européens. Mais d’autres pays investissent dans ce secteur, notamment l’Asie avec l’huile de palme, et le Brésil avec les dérivés de la canne à sucre. La concurrence est rude.
Propos recueillis par Nicole Ouvrard

PORTRAIT
Jean-Marc Pujol est responsablemondial de la recherche & développementpour les marchés industriels de Rhodia Novecare. Rhodia Novecare met sur le marché des polymères, des tensioactifs et des solvants qui sont des molécules de spécialités pour de nombreux secteurs industriels.

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