Réussir Grandes Cultures 25 février 2014 à 08h00 | Par Christian Gloria

Haute performance avec le bas volume

La technique de traitement à bas volume trouve de plus en plus d’adeptes. La raison première est logistique, avec un débit de chantier amélioré. La réduction de doses de produits est aussi souvent mise en avant mais elle ne trouve un réel intérêt que pour un nombre limité de solutions. Le recours au bas volume exige une bonne maîtrise de divers paramètres du traitement phytosanitaire.

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En bas volume, on passe 
moins de temps sur 
son pulvérisateur
En bas volume, on passe moins de temps sur son pulvérisateur - © Amazone

C’est légitime. L’agriculteur a de moins en moins envie de passer du temps dans ses parcelles à traiter ses cultures. Plusieurs raisons à cela : le producteur veut éviter d’être en contact avec les pesticides pour des questions de risques pour la santé. Un pulvérisateur moins souvent dans les champs et c’est l’image du producteur qui est améliorée. Il est trop souvent accusé de polluer l’environnement avec les traitements agrochimiques. Enfin, si l’agriculteur peut consacrer plus de temps de travail à autre chose que les traitements phytosanitaires, il ne se gênera pas, mais il ne faut pas que ses cultures soient moins bien protégées des bioagresseurs. La stratégie du traitement à bas volume apporte des réponses à ces préoccupations.
« La motivation principale du passage au bas volume, soit 50 à 80 litres par hectare de bouillie, est l’augmentation de débit de chantier, explique Benjamin Perriot, ingénieur recherche et développement en technique de pulvérisation chez Arvalis. Avec un volume de bouillie réduit, on transporte moins d’eau à l’hectare et on accroît le nombre d’hectares traités avec un pulvérisateur à plein. On revient moins à la ferme pour le remplir. »


Bonnes conditions de traitement


Pour Vincent Franquet, Agri Conseil(1), le bas volume revient à traiter plus de surface en conditions climatiques optimales, c’est-à-dire sans vent et avec une bonne hygrométrie.
Explications : « quand on augmente le débit de chantier, on se donne du temps pour se placer sur de meilleures fenêtres climatiques. On passe plus facilement sur de petits créneaux pour traiter quand l’on fait 50 hectares d’un coup », précise Benjamin Perriot. « En s’ouvrant plus de possibilités pour traiter dans de bonnes conditions climatiques, une réduction de dose est envisageable », ajoute Vincent Franquet. Cerise sur le gâteau, pour beaucoup de produits phytosanitaires, on ne perd pas en efficacité en diminuant le volume à l’hectare de traitement. On y gagne même pour certaines spécialités (voir pages 34-35 de ce dossier). Mais le passage au bas volume nécessite quelques adaptations, outre le fait de respecter plus que jamais de bonnes conditions climatiques d’application. Toutes les buses ne sont pas utilisables à 50 l/ha. À ce niveau de volume, il faut avoir conscience que le produit est plus concentré dans la bouillie, ce qui augmente les risques de bouchage. Conseillers agricoles et agriculteurs l’ont compris en choisissant des buses en conséquence, avec des orifices pas trop étroits (associés souvent à un angle de 80° plutôt que 110°), et en poussant le système de filtration sur le pulvérisateur. Sur ce dernier point, Benjamin Perriot déconseille une filtration buse par buse. « En bas volume, il y aura le risque que cela se colmate sans arrêt. Il vaut mieux disposer un filtre par tronçon ainsi qu’un filtre placé à l’aspiration de la pompe et un au refoulement. »
Par ailleurs, il est nécessaire de garder une production de gouttelettes en quantité suffisante et à la bonne taille pour bien toucher la cible. Vincent Franquet a réalisé des comparaisons de buses.

- © V. Marmuse ; Albuz.

Privilégier les buses à fente classique


« Une buse à injection d’air mélange de l’air au liquide, ce qui produit de grosses gouttes moins sensibles à la dérive. Mais l’impact des gouttes s’avère clairsemé sur la feuille d’un végétal par exemple. » Pour le spécialiste d’Agri Conseil, la buse à injection d’air n’est pas adaptée au bas volume. « Il faut travailler au-dessus de 100 litres par hectare avec ce type de buse pour ne pas risquer de rater la cible. » Benjamin Perriot est plus nuancé sur les buses à injection d’air. « Il est vrai qu’elles ne permettent pas de réduire autant les volumes que les fentes classiques mais avec certains produits systémiques (sulfonylurées), on peut se permettre de baisser à 50 litres par hectare. » Vincent Franquet juge qu’il est nécessaire de compter entre 30 et 50 gouttelettes par centimètre carré de végétal pour assurer une bonne efficacité des produits systémiques. Pour les racinaires, 20 à 30 gouttes au centimètre carré sont suffisantes, ces produits étant les moins exigeants en termes de qualité de pulvérisation. Tout le contraire des produits de contact : plus il y a une couverture importante, plus l’efficacité sera grande avec ce type de produits, d’où l’importance d’avoir la bonne buse et le bon volume de bouillie à l’hectare. Vincent Franquet conseille aux adeptes du bas volume d’utiliser des buses à fente classique de type XR Teejet 80°. « Avec ces buses, nous avons moins de grosses gouttes et le nombre d’impacts est beaucoup plus important qu’avec une buse à injection d’air, par exemple à 80 litres par hectare pour des pressions comprises entre 1 et 2 bars. Ce nombre d’impacts n’est pas lié au volume à l’hectare mais à la buse et la pression », tient-il à préciser. Les buses à fente classique présentent le défaut de produire des gouttelettes plus sensibles à la dérive que celles à injection d’air. À prendre en compte dans des situations telles que les traitements en bordure de ZNT par exemple.


Compenser un manque de couverture


L’hygrométrie apparaît particulièrement importante en bas volume. Quand elle est élevée, elle évite l’évaporation prématurée des gouttelettes de bouillie. Avec la faible quantité de liquide apportée à l’hectare, tirer parti de la rosée du matin s’avère également judicieux.
Puisque l’on baisse la surface de couverture totale par les gouttes avec le bas volume, il sera utile de rajouter des adjuvants à la bouillie de traitement, par exemple pour permettre l’étalement des gouttes et leur rétention sur le végétal. De nombreuses spécialités apportent cette action : Li 700, Herbidown, Sticman, Silwet L-77, Héliosol, Genamin, Agral, Surf 2 000… Certains adjuvants favorisent la pénétration des produits ou la rétention et l’adhésivité des gouttelettes. En bas volume, un humectant compensera la faible quantité d’eau apportée dans la bouillie en limitant une évaporation trop rapide des gouttes. La matière active aura le temps d’agir sur sa cible. Le sulfate d’ammonium est connu pour cet effet hygroscopique. La dose de produit adjuvant doit être calculée en proportion du volume d’eau apporté à l’hectare (et non d’une simple quantité en litre/hectare). Un produit comme Silwet en trop forte quantité aura pour effet de sur-étaler les gouttes et on observe alors des pertes de produits par ruissellement. Même pointue, la technique du bas volume doit rester maîtrisable sans mauvaise surprise.


(1) www.agri-conseil.com

- © Amazone

Pour en savoir plus

 

 

Voir dossier Réussir Grandes Cultures de février 2014. RGC n°277, p. 30 à 39.

 

 

Au sommaire :


p. 34 - La réduction de dose en option

 

p. 36 - À la pointe de la pulvérisation avec le bas volume

 

p. 38 -  Il réalise soixante hectares d’une seule traite

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