Réussir Grandes Cultures 10 août 2012 à 15h02 | Par Christian Gloria

FERTILISATION - La recherche s’active sur le phosphore

Une dose d’incertitudes plane toujours sur les préconisations entourant les apports phosphatés aux cultures. Des recherches tentent de mieux rendre compte de la réalité des besoins des plantes et de la biodisponibilité du phosphore dans le sol.

Abonnez-vous Réagir Imprimer
Une analyse de terre tous les quatre
ou cinq ans est pertinente pour mesurer le phosphore du sol en un temps donné.
Une analyse de terre tous les quatre ou cinq ans est pertinente pour mesurer le phosphore du sol en un temps donné. - © s. Leitenberger

Le phosphore est l’objet de toutes les attentions. Après une actualisation en 2007 des teneurs en phosphore (P), potassium (K) et magnésium (Mg) des cultures récoltées et la mise en place d’une nouvelle grille de calcul de la fertilisation PK en 2009 par le Comifer(1), le niveau d’exigence des cultures au phosphore est à nouveau étudié au travers de l’étude RIP « Raisonnement innovant de la fertilisation phosphatée »(2). « Des éléments récents laissent envisager un classement de la betterave sucrière parmi les cultures moyennement exigeantes. » Rémy Duval, agronome de l’ITB, fonde cette analyse sur un dispositif expérimental mené à Grignon qui montre, qu’avec des disponibilités de phosphore en baisse dans le sol, le rendement diminue également mais ne s’effondre pas comme c’est le cas pour le colza (graphique 1).


« Les cultures exigeantes sont celles dont le rendement baisse le plus fortement en situation de carence.Tel n’est pas le cas ici pour la betterave. La culture devrait être repositionnée parmi les cultures d’exigence moyenne et non très exigeante comme c’est le cas actuellement dans la grille de calcul Comifer des doses de phosphore à apporter. » Il ne faut pas aller si vite en besogne. Les résultats d’autres essais pourront permettre de conforter ce reclassement de la betterave. Rémy Duval remarque cependant « qu’en reprenant des résultats d’essais de fertilisation phosphatée sur betterave sucrière des années 1990-2000, on ne met pas en évidence de fortes pertes de rendement pour des teneurs basses du sol ». Au final, c’est le Comifer qui décidera du reclassement ou non de la betterave et d’autres cultures sur leurs niveaux d’exigences visà- vis du phosphore et du potassium.


LE COLZA RESTE TRÈS EXIGEANT


Pour le colza, on se pose moins de question. Les essais montrent que la culture reste très exigeante en phosphore et qu’elle tolère très mal les effets d’une carence en cet élément. « Dans le cadre de l’étude RIP, des essais ont été menés en situation de carence en 2009 et 2010 sur cinq départements de Lorraine et du Sud-Ouest. De façon systématique, l’apport d’engrais phosphaté (P2O5) a eu pour conséquence une augmentation significative du rendement (de + 16 % à + 95 % soit 3,5 à 15,7 q/ha) par rapport à des témoins non fertilisés », rapporte Aurore Baillet,Cetiom (graphique 2). Les préconisations ne changent pas. « Le colza a besoin d’absorber 90 kilos de P2O5 pour un objectif de rendement de 35 quintaux/hectare. Dans les parcelles à faible biodisponibilité du phosphore, on préférera les apports en fin d’été avant l’implantation de la culture pour limiter le risque de carence précoce à l’automne, conseille le Cetiom. Le stade de sensibilité maximale du colza à la carence en phosphore se situe au stade 5-6 feuilles. »

EXPORTATIONS REVUES À LA BAISSE


La réactualisation des teneurs en phosphore des exportations (organes végétaux récoltés) par le Comifer a concerné les grandes cultures, cultures légumières et fourrages. Les précédentes valeurs dataient des années 90. Force est de constater que pour nombre des cultures, elles ont été revues à la baisse, notamment pour la betterave sucrière (graphique 3). « Les teneurs moyennes mesurées dans les racines sont d’environ la moitié des teneurs utilisées auparavant pour le phosphore », rapporte Rémy Duval. Les outils et les grilles de conseil ont été révisés à leur tour, tels les grilles de calculs de doses du Comifer ou le logiciel Fertibet de l’ITB. Les modifications principales portent sur les cultures exigeantes et les situations de sols bien pourvues en phosphore. « Lorsque la teneur du sol est jugée très élevée — deux fois la teneur impasse de la grille Comifer —, les nouvelles règles peuvent amener à un conseil d’impasse sur cultures exigeantes, conseil qui était exclu dans les préconisations antérieures, remarque le spécialiste de l’ITB.

BAISSE DES PRECONISATIONS


Sur une rotation telle que la succession betterave/ blé/pomme de terre/blé sur sol de limon, on remarque que les nouveaux conseils Comifer se traduisent par une réduction notable des préconisations d’apports de phosphate par rapport à la version précédente de la grille Comifer 1995, et ce d’autant plus que le sol est riche en phosphore (graphique 4). Finalement, la tendance des agriculteurs sur le long terme à réduire leurs achats d’engrais phospho-potassiques est tout sauf une fuite en avant.D’ailleurs pour Christian Morel, ingénieur recherches à l’Inra de Bordeaux, « cela fait longtemps que l’on sait que dans beaucoup de sols français, on a suffisamment de phosphore pour plusieurs décennies, notamment dans les zones de grandes cultures. Les pratiques de fertilisation importante des décennies passées expliquent cette situation. Et actuellement, on valorise les produits résiduaires organiques (effluents) pour des épandages en parcelles agricoles qui se substituent bien à la baisse des fournitures d’engrais de synthèse pour l’apport en phosphore ». Il n’y a donc pas péril en la demeure.

(1) Comité français d’étude et de développement de la fertilisation raisonnée. (2) Casdar.


Pour mieux comprendre l'article, téléchargez les quatres graphiques

ANALYSE DE TERRE

Trois méthodes pour le phosphore


Il existe trois méthodes normalisées d’analyse en routine du phosphate du sol utilisées dans les laboratoires, toutes basées sur l’utilisation d’extractants chimiques. ! La méthode P Olsen a recours au bicarbonate de sodium.

« La méthode Olsen est celle qui répond le mieux à la diversité des situations rencontrées, selon Christian Morel, Inra, même s’il subsiste toujours une marge d’incertitude dans les résultats. » !

L’analyse Joret Hébert emploie l’acétate d’ammonium comme extractant et se montre plutôt adaptée aux sols carbonatés au pH alcalin.

Dyer est la plus ancienne des méthodes (fin XIXe siècle!) qui utilise l’acide citrique. Elle est à réserver aux sols acides. On tourne un peu en rond avec ces méthodes d’analyses qui ne donnent pas entière satisfaction. Les résultats varient fortement selon les types de sol et les analyses n’ont pas la capacité à prédire précisément l’évolution du phosphore du sol sur le long terme. Pour autant, il reste important d’analyser régulièrement son sol pour connaître l’état de fertilité à un instant T.


Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Réussir Grandes Cultures se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

Machinisme agricole

Les ARTICLES LES PLUS...

Voir tous

Voir tous

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 21 unes régionales aujourd'hui