Réussir Grandes Cultures 05 novembre 2013 à 08h00 | Par Michel Portier

ÉLECTRONIQUE EMBARQUÉE - Prendre le train de l’Isobus

La compatibilité Isobus des outils et des terminaux concerne de plus en plus de constructeurs, malgré les réticences sur cette norme désormais bien encadrée.

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- © Agrotronix

Douze ans après sa création, la norme Isobus est une réalité pour un certain nombre de constructeurs, mais elle ne fait toujours pas l’unanimité. Même si elles progressent, les ventes d’appareils compatibles Isobus restent encore limitées sur le marché français. Côté tractoristes, s’ils sont de plus en plus à équiper les tracteurs de terminaux Isobus, rares sont les utilisateurs à valoriser cette technologie. Plusieurs raisons expliquent ce manque d’engouement, à commencer par la frilosité des constructeurs français. Historiquement, ce sont les constructeurs allemands et Kverneland qui en sont les principaux promoteurs. Depuis 2008, la création de l’association AEF(1) a permis de fédérer les tractoristes et de donner une nouvelle envergure à l’Isobus. Le salon Agritechnica qui aura lieu mi-novembre à Hanovre s’annonce comme une vitrine du développement de l’Isobus. Pour les constructeurs d’outre-Rhin, l’évolution vers cette norme semble faire l’unanimité.

LES FRANÇAIS S’Y METTENT

Face à ce mouvement, les constructeurs français se devaient de réagir. C’est chose faite depuis l’an dernier grâce à l’adhésion d’Axema à l’AEF. Certains n’ont toutefois pas attendu ce mouvement collectif pour se lancer. C’est notamment le cas de Kuhn qui fait partie du CCI(2) et de Tecnoma qui fait appel à son fournisseur d’électronique Müller. Plus récem- ment, l’équipementier Agrotronix a développé un kit Isobus pour les épandeurs à fumier. Il proposera à Agritechnica un kit pour les pulvérisateurs, tout comme Sulky présentera une version Isobus de ses épandeurs d’engrais. Cette lente évolution s’explique principalement par les incertitudes qui ont accompagné le développement de la norme Isobus et plus spécialement les niveaux de compatibilité dans l’affichage et les fonctionnalités proposées. Jusqu’en 2012, les tests de compatibilité entre terminaux et outils Isobus étaient réalisés par l’organisme allemand DLG. Mais seule la fonctionnalité Terminal universel était testée. Dorénavant, l’AEF organise des tests beaucoup plus complets avec trois organismes agréés (Allemagne, Italie et Etats-Unis) validant pour chaque terminal et outil testés, les différentes fonctionnalités qui ont été progressive- ment intégrées à la norme Isobus.

UN SITE POUR VÉRIFIER LA COMPATIBILITÉ

L’association propose un site internet (www.aef-Isobus-database.org) accessible pour l’instant uniquement aux constructeurs, répertoriant l’ensemble des matériels testés et leurs différents niveaux de compatibilité. À terme, il sera ouvert aux concessionnaires et agriculteurs, qui pourront vérifier les compatibilités d’un matériel lors de son achat ou de sa vente. Ces tests sont une réelle avancée, à condition que les constructeurs les réalisent. Le tarif d’entrée dans l’AEF et le coût de chaque test semblent en effet décourager certains constructeurs qui auront du mal à rentabiliser l’investissement dans un premier temps. Se pose également la question de la mise à jour des informations de compatibilité. En effet, à chaque nouvelle version de logiciel, l’appareil doit subir un nouveau test pour figurer dans la base. « C’est pourtant la seule garantie pour l’utilisateur, insiste Jean-Christophe Chassine, chef produit agriculture de précision chez Kverneland Group France. Les tests réalisés entre constructeurs ne pourront pas figurer dans la base de données de l’AEF. »

UN ATTRAIT POUR LA COUPURE DE TRONÇONS

Le spécialiste compte beaucoup sur cette base pour faciliter les ventes d’outils chez des clients possesseurs d’un terminal compatible Isobus. « À l’heure actuelle, les appareils Isobus livrés sans terminal ne représentent que 20 % des ventes. Cela concerne des utilisateurs déjà équipés de notre terminal Isobus, d’un terminal tracteur compatible, ou encore d’une console de guidage compatible. » Un autre facteur devrait favoriser le développement de l’Isobus : les dispositifs de coupure de tronçons intégrés aux terminaux. « John Deere était le seul tractoriste à intégrer la coupure de tronçons à son terminal, mais CNH et Fendt vont désormais le proposer. De plus en plus de consoles de guidage compatibles Isobus disposent égale- ment de la coupure de tronçons. Les agriculteurs équipés de ces terminaux vont souhaiter valoriser leur système de coupure avec l’épandeur d’engrais, le pulvérisateur et le semoir, favorisant l’achat d’appareils Isobus sans boîtier. »

 

(1) L’AEF (Agricultural industry electronics foundation) coordonne le développement et la promotion de l’Isobus. Les sept membres fondateurs (Agco, Claas, CNH, Grimme, Kverneland, John Deere et Pöttinger) ont déjà été rejoints par plus de 140 constructeurs et organisations dans le monde. (2) Le Compétence center Isobus développe des terminaux pour six constructeurs (Amazone, Grimme, Krone, Kuhn, Lemken et Rauch) qui ont été rejoints par Pöttinger, Bergmann, Ropa, Tulip, Peecon et Bednar.

Une norme évolutive

L’AEF(1) propose un nouveau label de certification pour les terminaux et outils répondant à la norme Isobus. Celui-ci inclut neuf espaces dont six logos représentant les fonctionnalités disponibles sur le matériel et trois espaces vides indiquant l’aspect évolutif de la norme. Le visuel intègre également le lien internet vers la base de données AEF où est répertorié l’ensemble des matériels testés. Les terminaux de dernière génération accèdent progressivement aux six principales fonctionnalités. On trouve une plus grande disparité dans la compatibilité des outils. Dans tous les cas, lors d’une connexion entre un terminal et un outil Isobus, seules les fonctionnalités communes aux deux pourront être utilisées. Mais quelques limites de compatibilité subsistent. Par exemple, un terminal proposant la gestion de la coupure de six sections ne pourra pas valoriser toutes les capacités d’un outil capable de segmenter sa largeur de travail en douze sections.

PAS DE TABLETTE ISOBUS

Autre limite, l’exportation des données de traçabilité est parfois laborieuse sur l’ordinateur de bureau et les problèmes de compatibilité avec le format IsoXML ne sont toujours pas résolus avec certains éditeurs de logiciels. Quant aux trois fonctionnalités en développement, elles ne sont pour l’instant mises œuvre qu’au travers de partenariats entre constructeurs. C’est le cas du pilotage du tracteur par l’outil, grâce à l’application TIM (tractor implement managment) de plusieurs constructeurs d’outils (Pöttinger, Grimme, Rauch...) en collaboration avec John Deere. Dans le futur, la norme EN11783 régissant l’Isobus devra s’ouvrir à de nouvelles technologies. Pour l’instant, elle ne permet pas d’utiliser une tablette comme terminal Isobus. Les initiatives comme le terminal virtuel Isobus de Claas primé au dernier Sima devraient rapidement faire évoluer les choses. De même, le pilotage par liaison sans fil ou encore le téléchargement de contenu sur internet ne sont pour l’instant pas prévus dans la norme.

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