Réussir Grandes Cultures 24 octobre 2013 à 08h00 | Par Nicole Ouvrard

DOSSIER - Lisser son revenu, stratégie de gestion de l'exloitation

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- © G. Omnès

Ces trois dernières années, les revenus en grandes cultures sont en progression constante, mais la baisse des prix des grains de cette récolte 2013 sonne la fin de la partie. Est-on en train de revivre le scénario de 2009 ? Le retournement ne devrait pas être de la même ampleur car les prix n’ont pas plongé aussi vite et aussi fort. Pour autant, ce démarrage de campagne confirme que les grandes cultures connaissent désormais une évolution cyclique du fait de la connexion des prix intérieurs aux marchés mondiaux. « Nous sommes actuellement sur un cycle de trois ou quatre ans », constate Nicolas Roche, du service analyse de Cerfrance Alliance Centre.

 

Changement de modèle économique

 

Après plusieurs décennies de prix garantis, puis de prix d’intervention qui assuraient une régularité de revenu, il s’agit d’un changement de modèle économique qui oblige à revoir sa stratégie. « Depuis la baisse de revenu de 1993 liée à la première grande réforme de la PAC, les revenus en grandes cultures ont augmenté progressivement dans les années 90, puis se sont stabilisés au début des années 2000. On a ensuite constaté que le ciseau produit-charges ne cessait de se refermer jusqu’en 2006 », explique l’analyste. Puis la situation s’est brutalement inversée en 2007, avec la flambée des prix des matières premières agricoles. « Depuis cette date, les revenus sont irréguliers du fait d’une fluctuation asynchrone du produit et des charges », poursuit-il. En 2007, le produit s’envole alors que les charges étaient encore sous influence de la période de stabilité précédente. En 2008, le produit est stable, et les charges augmentent. En 2009, brusque renversement de tendance avec un effondrement du produit alors que les charges sont au plus haut. L’année suivante, on se retrouve dans une situation similaire à celle de 2007. Puis 2011 et 2012 connaissent à la fois une hausse des coûts de production mais surtout une envolée du chiffre d’affaires, les revenus battant alors des records. Enfin, en 2013, le produit va être à la baisse alors que les charges restent élevées. « Sur toute cette période, on observe malgré tout une tendance à la réouverture du ciseau produit-charges, d’où une augmentation des revenus », souligne Nicolas Roche.

- © Infographie Réussir

Côté produit, dans les années 90 et au début des années 2000, dans un contexte de faible amplitude des prix, la variation du revenu était en partie correlée à celle du rendement des céréales. Aujourd’hui ce n’est plus le cas, l’élément moteur étant désormais le prix de vente des productions. Pour autant, si l’on compare sur une période donnée les résultats économiques des exploitations de grandes cultures françaises entre elles, le rendement reste un élément fondamental pour expliquer les écarts de revenus.

Côté charges, quelles sont celles qui ont le plus d’influence sur la fluctuation des revenus ? « Incontestablement, sur des tendances longues, ce sont les charges liées aux consommations intermédiaires qui ont le plus d’impact sur le revenu, notamment les engrais et l’énergie », assure Éliane Le Rey, du service de la statistique et de la prospective du ministère de l’Agriculture. « Ces charges connaissent une forte variation à la fois en raison des fluctuations de prix et de l’adaptation du comportement d’achat des agriculteurs en fonction de leur trésorerie ou bien des prix de ces biens. » Par exemple, en 2012, les céréaliers ont réduit leurs achats d’engrais de 14 % en volume afin de minimiser l’impact de la hausse des prix, mais les charges en engrais ont tout de même augmenté de 15 %.


- © Infographie Réussir

Sur les tendances longues, les analystes ont fait d’autres observations. « On voit systématiquement une hausse des frais d’entretien du matériel l’année qui suit un bon revenu, mais surtout une croissance nette des investissement, illustre Nicolas Roche. Ce comportement est beaucoup plus marqué chez les céréaliers que chez les éleveurs. » « Un agriculteur fait une bonne année. L’année suivante, il achète du matériel pour se créer des charges et il se retrouve quelques années plus tard avec des plus-values dues à la revente, ce qui amplifie les dents de scie », explique Cyril Durand, conseiller de gestion à Cerfrance Alliance Centre. Ainsi, ce qui au départ est censé réduire la fiscalité et les charges sociales à court terme, a tendance au final à amplifier les fluctuations de revenus à moyen terme. « Dans cette nouvelle période, il est fondamental de se détacher de cette obsession fiscale », insiste-t-il.

La réforme de la dotation pour investissement (DPI) ne changera pas fondamentalement les choses selon Nicolas Roche, car les exploitations de moins de 250 000 euros de chiffre d’affaires sont exemptées de plus-values. « Dans un département comme le Loiret où les exploitations font 120 à 140 hectares en moyenne, une exploitation sur deux est concernée. Si un agriculteur vend un matériel 10 000 euros pour en acheter un 20 000 euros, il sort de sa trésorerie 10 000 euros mais passe 20 000 euros en charges, d’où un effet immédiat sur la fiscalité. C’est ainsi que l’on se retrouve avec un taux de renouvellement du matériel de 130 à 150 % dans le Loiret ! » Pour Cyril Durand, aucune leçon n’a été retenue de 2009. « En 2013, de nombreuses exploitations vont se retrouver avec une baisse de chiffre d’affaires d’au moins 50 000 euros. Une année comme cela, il faut l’anticiper grâce à une stratégie pluriannuelle. Mais c’est rarement le cas », regrette-t-il. Un signe : le taux d’engagement de vente des blés n’a été que de 10 % avant la fin juin 2013 alors qu’il était de 40 % les années précédentes parce que les agriculteurs n’ont pas voulu vendre en dessous du seuil psychologique de 200 euros la tonne de blé. Un objectif qui semble désormais bien loin.

- © Jean Weber/Inra

Pour en savoir plus

Voir dossier de Réussir Grandes Cultures d'octobre 2013.

RGC n° 273, p. 22 à 32.

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