Réussir Grandes Cultures 08 mars 2016 à 09h00 | Par Valérie Noël

Philippe Houdan : des grandes largeurs au travail simplifié

Remplacer les outils qui travaillent le sol par les plantes, voilà la philosophie de Philippe Houdan, agriculteur à Châtillon-sur-Seine en Côte-d'Or.

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Trois outils forment la base de l'équipement de Philippe Houdan : un déchaumeur (photo), un décompacteur et un semoir à dents en direct.
Trois outils forment la base de l'équipement de Philippe Houdan : un déchaumeur (photo), un décompacteur et un semoir à dents en direct. - © V. Noël

Pour en savoir plus : consultez les questions-réponses relatives à l'exploitation de Philippe Houdan.

C'est en 1987 que le non labour s'est introduit sur la ferme de cet agriculteur bourguignon. « J'étais encore aide familial. Cette année-là, nous avons renoncé au labour sur 35 ha très rocailleux car il faisait trop sec. On a juste passé le cover crop... et on s'est aperçu que ça poussait aussi bien. » L'expérience s'arrête là : il en faut plus pour revoir une stratégie. Vient la réforme de la PAC de 1992. « Elle nous a obligés à réduire les coûts », se souvient l'exploitant, installé en 1991 en Gaec avec son frère. Les céréaliers optent alors... pour les grandes largeurs. « On a globalement augmenté les chevaux dans l'idée de réduire les charges en passant moins souvent. » Au milieu des années 2000, le Gaec arrive au bout du système. « On n'avait plus que quatre cultures, blé, orge d'hiver, colza et orge de printemps, des parcelles plus sales, davantage de limaces... » En 2005, Philippe Houdan se forme aux techniques de travail du sol simplifiées et au bas volume, mises en pratique par son voisin et par certains agriculteurs du groupe technique dont il fait partie. Puis il se lance. La puissance du parc matériel est réduite. « Avant 2005, nous avions 750 chevaux pour nos 375 ha. Nous sommes descendus à 530 chevaux. » Trois outils, tous équipés de trémies, constituent désormais le socle de la ferme : un semoir direct à double caisse, un déchaumeur à disques et un décompacteur de 4 m. "Nous adaptons l'outil en fonction des conditions», précise l'agriculteur.

Des macérations végétales pour renforcer les plantes

Aujourd'hui, Philippe Houdan tourne avec cinq cultures (blé, orge de printemps, pois ou féverole d'hiver, sarrasin en dérobé puis orge d'hiver). La terre n'est jamais nue. "Le jour de la moisson du blé, on implante un mélange 'maison' de féverole, vesce, lentille de 100 kg/ha, avec un peu de tournesol et de moutarde», précise-t-il. Le gel détruit le couvert avant l'orge de printemps. Un déchaumage est effectué dans la foulée de la moisson, puis les repousses servent de couvert avant le protéagineux qui suit. Une fois celui-ci récolté, un sarrasin est semé immédiatement puis moissonné fin septembre ou début octobre. "On le vend", souligne l'exploitant. Suit une orge d'hiver, qui précède un autre sarrasin en dérobé.

Même s'il a dix ans de pratique, Philippe Houdan s'estime encore loin d'avoir atteint le bon équilibre sol-plante. « Nous n'avons pas encore incorporé assez de couverts. Sauf cette année, exceptionnelle, l'activité biologique s'arrête quasiment entre le 1er novembre et le 15 mars. Les couverts ne produisent donc pas beaucoup, il va nous falloir du temps." De fait, Philippe Houdan n'a pas encore révisé sa fertilisation. Mais il s'est attaqué aux phytos. Depuis 2010, il utilise des macérations végétales (purins d'orties et de consoude). "On a commencé à trois avec des copains de notre groupe dans nos potagers... et puis on a essayé sur les cultures, d'abord sur des bandes de 36 m, avant de généraliser progressivement. Nous faisons sur tout énormément d'essais pour tester de nouvelles choses." Quand il le faut, l'agriculteur repasse aux produits traditionnels. "En 2015, nous avons apporté 80 litres de fongicides sur la ferme pour lutter contre les rouilles", indique-t-il. Le système est ouvert.

 

Toujours un oeil sur les cours

Cette année, Philippe Houdan a vendu toute sa récolte sur le dernier trimestre 2015. «J'ai acheté des calls sur le marché à terme, à 150 euros/t base juillet », explique-t-il. S'il aime ses plantes et prend soin de leur équilibre, l'agriculteur est également un fin connaisseur des marchés. Il a ouvert voici une dizaine d'années un compte à terme avec le Crédit mutuel, et il surveille quotidiennement les cotations. Il a de quoi stocker, et en profite pour vendre au mieux.

Philippe Houdan : réduire le travail du sol

. 375 ha avec 6 cultures en 2015 (dont sarrasin, pois, féverole)

. 2 UTH

. Charges opérationnelles de la ferme : 225 EUR/ha (moyenne sur 8 ans)

. 100 000 à 150 000 EUR d'amortissement/an pour de réduire les cotisations MSA, donc matériels récents

. Projets : acheter un moulin pour transformer une partie des céréales, installer une ruche, ouvrir un petit magasin de producteurs

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Sylvie (61) | 08 mars 2016 à 14:42:47

Belle initiative que cette enquête pour le numéro 300 ! Bravo, j'ai hâte de lire la suite au fil des mois pour suivre les réflexions et les itinéraires de David, Philippe et François.

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