Réussir Grandes Cultures 14 avril 2017 à 08h00 | Par Christian Gloria

Chercher les conditions optimales en traitant la nuit

Les conditions d’hygrométrie et de vent sont optimales lors d’un traitement en nocturne. Mais les produits phyto et les bioagresseurs réagissent-ils différemment entre des interventions de jour ou de nuit ?

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Un éclairage de la rampe sur toute sa longueur est indispensable pour bien surveiller les jets de buse lors d'un traitement à l'obscurité.
Un éclairage de la rampe sur toute sa longueur est indispensable pour bien surveiller les jets de buse lors d'un traitement à l'obscurité. - © J.-C. Gutner

Il n’y a pas beaucoup d’agriculteurs à réaliser les traitements phytosanitaires de nuit. Mais parmi les producteurs qui font des bonnes conditions de traitement une priorité, ils ne sont pas si rares. Lors du colloque au champ « RDV Pulvé/Réussir le bas volume » organisé par Arvalis le 21 mai 2015 à Til-Chatel (Côte-d’Or), trois agriculteurs avaient témoigné sur leurs pratiques du traitement à bas volume, exigeantes en termes de bonnes conditions d’application. Ils pratiquaient tous le traitement en nocturne, « pour s’affranchir du vent », énonçait l’un d’eux, « pour occulter le problème des abeilles », affirmait un autre.

Spécialiste en techniques de pulvérisation chez Arvalis, Benjamin Perriot n’ira pas jusqu’à conseiller à un agriculteur d’aller traiter en nocturne. « Selon moi, c’est similaire à traiter très tôt le matin pour rechercher une bonne hygrométrie et l’absence de vent qui permettent de limiter les pertes de produit par volatilisation ou dérive. Pour trouver ces conditions, on peut intervenir très tôt le matin ou tard le soir mais surtout pas en pleine journée. Un agriculteur qui a d’importantes surfaces à traiter peut être amené à anticiper ou déborder sur la nuit pour assurer toutes ses applications dans de bonnes conditions », remarque-t-il.

Une cuticule des plantes encore imperméable en soirée

La question des conditions de traitement se pose surtout au printemps, au moment où les températures de la journée sont douces, voire chaudes. « Lors des mois de l’automne ou de la sortie d’hiver, les conditions d’hygrométrie (supérieure à 70 %) peuvent être remplies durant toute la journée. Peu importe alors que le traitement soit effectué le matin, le soir ou en pleine journée, tant qu’il n’y a pas de vent, souligne Benjamin Perriot. Pour les interventions de printemps, le spécialiste d’Arvalis apporte un bémol sur les traitements en soirée : les plantes peuvent être encore stressées des conditions thermiques de la journée et elles seront moins « réceptives » aux molécules tard le soir que tôt le matin. Ceci est valable pour les produits systémiques qui nécessitent que la cuticule des plantes (couche cireuse) soit dilatée pour pouvoir être traversée. " Cet état intervient lors de conditions poussantes avec une hygrométrie élevée et des températures pas trop fraîches, précise Benjamin Perriot. Or, en journée jusqu’en début de soirée, cette cuticule se rétracte, se comprime pour devenir imperméable. » Lors des mois de mai et juin en particulier, Benjamin Perriot recommande des interventions en fin de nuit ou en matinée.

L’action des produits est-elle dépendante de son application à l’obscurité ou en journée ? « L’intensité de la lumière ne semble pas avoir d’effet sinon sur les herbicides qui agissent sur la photosynthèse, mentionne Alain Rodriguez, spécialiste malherbologie et désherbage à l’Acta. C’est une hypothèse. Mais on peut facilement imaginer que les herbicides agissant sur l’activité des pigments photosynthétiques seront moins efficaces de nuit, à un moment où les plantes n’ont pas d’activité de photosynthèse. » Il existe toute une panoplie de produits agissant sur le processus de photosynthèse. Mais on pense notamment aux molécules inhibitrices de la protoporphyrinogène oxydase (groupe Hrac E), qui bloquent la biosynthèse des chlorophylles : bifenox, carfentrazone-éthyle, pyraflufène-éthyle… Ces produits n’ont pas fait l’objet de traitements comparatifs de jours ou de nuit : l’hypothèse de baisse d’efficacité la nuit reste à confirmer.

Les grosses altises sont plus atteignables de nuit

Quant aux ennemis des cultures, leur degré de vulnérabilité aux traitements phytosanitaires peut évoluer entre le jour et la nuit ? Les adventices et les organismes pathogènes ne bougent pas. C’est moins le cas pour les ravageurs. « Les grosses altises (altises d’hiver) sur colza sont actives surtout dans les premières heures de la nuit. Il n’y a qu’à se rendre dans les champs le soir avec une lampe pour s’en rendre compte : cela saute de partout, rapporte Laurent Ruck, ingénieur régional spécialiste des traitements insecticides. En journée, les altises se cachent dans le sol. » Un essai de comparaison de traitements de jour et de nuit a été réalisé avec le produit Boravi WG en 2015 à En Crambade (Haute-Garonne). « Nous n’avons pas constaté de différences de morsures sur les feuilles par les altises entre ces modalités de traitement. Mais, le traitement de nuit  avait été effectué à 20 heures le 8 octobre, soit 40 minutes après l’heure du coucher du soleil enregistrée par Météo France. Or, il fait encore suffisamment jour et, sans doute, les altises n’étaient-elles pas encore très actives et exposées pour être atteintes par l’insecticide. » L’expérimentation n’a pas été reconduite, Terres Inovia ayant défini d’autres priorités dans ses thèmes d’expérimentation. Nous ne connaîtrons pas le fin mot de l’histoire.

La réglementation sur la protection des abeilles impose de traiter en l’absence de butinage des fleurs par les abeilles. Sur des colzas en fleurs, cette disposition peut se traduire par la nécessité de traiter de nuit, quel que soit le produit. Si un insecticide (avec la mention « abeilles ») est utilisé dans ces conditions, quel est son effet sur les ravageurs visés à ce stade ? « Les autres ravageurs que l’altise sont plutôt actifs de jour. En théorie, un traitement insecticide de nuit aurait moins d’efficacité sur ces insectes moins atteignables en conditions nocturnes que le jour, estime Céline Robert, Terres Inovia. Mais cela reste encore à vérifier en pratique.

Le photocontrôle ne règle pas le compte des adventices

La technique n’est pas toute récente. La levée de dormance des graines de diverses espèces de mauvaises herbes est dépendante des conditions de luminosité. À partir de ce principe, des spécialistes et agriculteurs ont imaginé un photocontrôle des adventices en travaillant le sol seulement de nuit de façon à réduire la proportion de germination des graines. De nombreuses études ont été effectuées en Europe et en Amérique mais avec des résultats très contrastés. La dormance des graines (et sa levée) est dépendante de multiples facteurs : humidité du sol, espèce adventice et ses différentes populations, époque d’intervention…

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