Réussir Grandes Cultures 21 novembre 2003 à 18h23 | Par Nicolas Chemineau et Jean-Jacques Biteau

Bien atteler pour valoriser la puissance et moins consommer

Appliquer certains aspects théoriques en matière d´attelage et de choix des ensembles tracteur-outils permet d´exploiter au mieux les capacités du tracteur et celles des équipements.

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Il existe de nombreuses possibilités d´attelage : deux à trois formules côté tracteur et trois à cinq pour les outils. Des questions se posent aussi dans le choix des outils : est-il préférable de contrôler une charrue portée par le contrôle d´effort performant du relevage ou par la roue de terrage ? Le choix d´une charrue semi-portée permet-il de gagner un à deux corps et donc du débit de chantier, par rapport à un modèle porté ? La diminution de la pression de gonflage améliore-t-elle l´adhérence ?
Des conseils permettent aussi d´améliorer le comportement de l´ensemble tracteur-outils, tels que le type de convergence à privilégier selon le type de tracteur et le travail à réaliser. C´est bien connu : « La convergence courte est mieux adaptée aux tracteurs à deux roues motrices et la convergence longue est à privilégier avec des tracteurs à quatre roues motrices. »
Et pourtant, cette pratique semble préjudiciable à la bonne marche des ensembles tracteur-outils.
La convergence désigne le point de rencontre des lignes obtenues en prolongeant la barre de troisième point et les barres inférieures d´attelage.
©J.-J. Biteau


Convergence courte pour outils tractés en attelage flottant
En réalité, ce point de convergence n´a aucune influence sur le report de charge de l´outil et l´équilibre du tracteur, lorsque le relevage hydraulique est utilisé en contrôle d´effort ou de position. En effet dans ce cas, il existe une force dans les « chandelles » (ou bielles de relevage), et l´effort de traction global de l´outil ne passe pas par ce fameux point de convergence.
Si vous constatez que votre charrue semi-portée à chariot provoque un trop grand délestage du pont avant, la position des chandelles d´attelage n´a aucune influence sur les reports de charge et sur l´adhérence, comme avec un outil porté !
Seule la position de l´articulation de la tête d´attelage détermine l´équilibre du tracteur au travail.

En revanche, tous les outils tractés posés sur roues et utilisés en attelage flottant (c´est-à-dire sans aucune pression dans le relevage), gagneront à être en convergence courte, quel que soit le tracteur. La plus grande inclinaison de la ligne de traction ainsi obtenue améliore le transfert de poids sur le tracteur et le report avant-arrière de celui-ci. En plus des critères d´attelage des outils, il est également important de s´intéresser aux déplacements de l´ensemble sur les parcelles.
En dessous de 15%, il est difficile de détecter le patinage à l´oeil nu. ©Carré

Le patinage : un indicateur de bon rendement
Une idée reçue que l´on entend souvent : « Le patinage est un gaspillage d´énergie qu´il faut pourchasser ! »
Pourtant, les pertes d´énergie les plus importantes sont occasionnées par la résistance au roulement de l´ensemble tracteur-outils. Il s´agit là de la force à appliquer au sol pour assurer sa propre propulsion.
Pour s´en convaincre, on peut tout simplement mesurer cette force en tirant le tracteur au point mort avec un autre tracteur, un câble et un dynamomètre.

Les valeurs couramment rencontrées en situation de labour, par exemple, sont de l´ordre de 20 % de la charge verticale sur les essieux. Les pertes de puissance qui en découlent sont très supérieures aux pertes par patinage. Le rendement d´un tracteur en traction pure étant généralement voisin de 50 %. Sachant que le poids diminue les pertes par patinage mais augmente considérablement les pertes par roulement, la démarche d´optimisation du poids consiste donc à adapter l´ensemble tracteur-outil. Le patinage obtenu doit être le plus important possible dans la limite des contraintes agronomiques et lorsque tous les éléments favorables à l´adhérence sont respectés. Un tracteur qui patine peu en travail du sol est un tracteur qui « promène » à grand frais sa masse, sans la valoriser. Et pire, les dégâts agronomiques loin d´être évités, sont obtenus par tassement vertical. A chacun de choisir le rapport de boîte adapté, en tenant compte du patinage.
©New Holland


Un outil porté intégralement par le relevage
Le poids de l´outil participe ainsi intégralement à générer l´effort de traction et la puissance est optimisée par le travail à effort constant.
Ce concept de l´outil porté suppose que celui-ci soit débarrassé des roues et talons qui lui étaient nécessaires lorsqu´il était traîné. Ce sont les asservissements du relevage (effort ou position) qui maintiennent l´outil à la profondeur voulue en récupérant l´intégralité des réactions de talonnage. La solution de facilité consistant à poser la charrue portée sur une roue de terrage s´avère donc inutile avec un relevage à contrôle d´effort, comme les talons de charrue que les constructeurs ont généralement supprimés sur les charrues portées.

En mesurant le patinage et la pression au relevage au cours d´un essai avec un même outil travaillant avec ou sans roue, on vérifie tout l´intérêt d´un outil véritablement porté, en terme de rendement du tracteur. Ce résultat confirme que la plupart des tracteurs sont capables de porter des charrues au travail, et de les réguler dans le sol.
Les réglages de l´aplomb, du talonnage et du contrôle d´effort sont plus délicats, mais le jeu en vaut la chandelle ! Avec de bons réglages, la roue de terrage devient inutile ! Au bénéfice du rendement de l´ensemble, et de l´investissement, qui peut être plus rationnel.
Les pneus de grande dimension permettent de diminuer la pression de gonflage de façon à réduire la compaction des sols. ©J.-J. Biteau

La roue de terrage ne devient nécessaire que lorsque le couple anticabreur du tracteur devient insuffisant.
Avec l´augmentation des puissances, l´outil s´allonge plus vite que le tracteur. Un tracteur de 100 cv a un empattement proche de 2,50 m, un tracteur de 200 cv frise les 3 m. Entre 100 et 200 cv l´outil a doublé. L´équilibre est rompu et les sollicitations du relevage se transmettent plus facilement au nez du tracteur qu´à l´outil.
Le travail en mode semi-porté est alors incontournable, mais persister à vouloir soulever l´outil pour les manoeuvres oblige à disposer d´un tracteur trop lourd qui n´est pas valorisé en traction. L´adoption d´un véritable outil semi-porté est alors conseillé.
Le patinage peut être considéré comme un indicateur du bon rendement d´un ensemble tracteur-outils. L´adhérence, quant à elle, est la capacité d´un tracteur à bien transformer son poids en effort de traction, pour un patinage donné.
L´adhérence est indépendante de la surface lorsque l´on roule sur un sol dur. Dans les champs, en revanche, c´est la limite de cisaillement du sol qui détermine l´effort maximum. Plus la surface soumise au cisaillement est importante, meilleure est l´adhérence.
La capacité du relevage peut être améliorée de moitié avec une convergence longue par rapport à une convergence courte. ©Roger

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