Réussir Grandes Cultures 01 octobre 2012 à 00h17 | Par Christian Gloria

Amendement basique - Un indice de positionnement a été créé pour aider au chaulage

Un nouvel indice mis au point par les industriels du chaulage peut faciliter le choix d'un produit en fonction de l'objectif d'amélioration du pH de son sol.

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Bien choisir son amendement basique grâce à l'indice de positionnement agronomique.
Bien choisir son amendement basique grâce à l'indice de positionnement agronomique. - © Unifa

Pas évident de s'y retrouver dans la caractérisation des produits d'amendement basique. L'industrie veut contribuer à une simplification du choix. Elle a introduit un nouveau critère en 2010 : l'indice de positionnement agronomique (IPA). « Calculé avec l'aide d'un logiciel, cet indice combine un certain nombre de critères tels que la nature du produit, sa composition, sa forme, sa finesse, sa solubilité », résume Stéphanie Peyrouty, chargée des amendements minéraux basiques à l'Unifa. Pour Olivier Peltier, responsable agronome de la société Lhoist Agriculture, « nous intégrons dans l'IPA la finesse et la solubilité carbonique pour les produits crus tels les carbonates. Et pour la chaux, nous attribuons un IPA d'office (de 150) car ce produit cuit est soluble quelles que soient les conditions de pH. L'indice a été mis au point sur la base des travaux du Comifer », précise-t-il.


Pour son utilisation en pratique, l'IPA est rattaché au taux de saturation en cations échangeables (S/CEC metson) qui figure sur les analyses de terre et qui est corrélé au pH du sol quand celui-ci est compris entre 5 et 7. Tous les produits d'amendement basique sont caractérisés par un IPA qui va de 40 pour des carbonates grossiers à 150 pour la chaux vive. En fonction du taux de saturation que l'on vise sur son sol dans le cadre d'un chaulage, une fourchette d'IPA est fixée. Par exemple, si l'objectif est un S/CEC de 70 % qui équivaut à un pH aux alentours de 5,8, on pourra utiliser un carbonate d'une finesse moyenne avec un IPA de 70.Mais avec des produits plus fins d'IPA supérieurs, on obtiendra le résultat voulu encore plus rapidement (voir graphique).


NOTION DE VITESSE D'ACTION


Les industriels entendent démontrer la pertinence de ces IPA sur le terrain. Il n'y a pas de bons et de mauvais produits. Il y a des produits adaptés à chaque situation. Des séries d'essais montrent que plus l'IPA d'un produit est élevé, plus il est efficace. « Nous obtenons également des effets sur le rendement. Selon des essais suivis par l'équipe 'fertil' d'InVivo dans des situations à pH supérieur à 6 et pour un apport équivalent en termes de valeur neutralisante (1000 VN/ha) de l'amendement, plus l'IPA du produit est important, plus le rendement du maïs (ensilage) est élevé avec des différences significatives », rapporte Olivier Peltier. L'IPA peut-il se substituer aux valeurs jusqu'à présent prises en compte dans le choix d'un amendement basique? « Cet indice a pour mission de classer les produits en fonction de leur vitesse d'action, et non de caractériser leur efficacité vis-à-vis de la maîtrise du pH », comprend Jean-Pierre Cohan, Arvalis.


Olivier Peltier ne dément pas. « C'est un outil de simplification des préconisations. Mais il ne se substitue pas à certains critères caractérisant un produit telle la valeur neutralisante (VN). L'IPA permet aux prescripteurs d'avoir une préconisation en fonction du statut acidobasique du sol. Plus le pH est proche de la neutralité, plus il faut apporter des produits réactifs. Ce qui signifie aussi que l'on peut utiliser un produit peu réactif (de faible IPA) sur des sols acides. »


ANALYSE DE SOL INDISPENSABLE


Il faut donc garder à l'esprit les fondamentaux du chaulage. La valeur neutralisante traduit le potentiel de neutralisation d'un produit sur un sol. Elle est exprimée en kilo d'équivalent CaO pour 100 kilogrammes de produit brut. Elle permet de calculer la dose d'un produit à apporter. La finesse est une valeur qui ne concerne que les produits crus carbonatés. D'une façon générale, plus un produit est fin, plus il est réactif. Mais il faut prendre en compte aussi la solubilité carbonique qui n'intéresse que les carbonates et qui rend compte encore de la vitesse d'action. Enfin, il n'est pas possible d'établir une stratégie de chaulage sans analyse de sol.


L'indicateur du statut acido-basique le plus familier est le pH. Il fluctue sur la durée d'une année: il est plus élevé l'hiver que l'été. Il varie également selon la profondeur du sol. En conséquence, il est indispensable de prélever toujours à la même époque et même profondeur quand on veut suivre de façon fiable l'évolution d'un sol. « Le pH ne permet pas, à lui seul, de déterminer la dose d'amendement basique à apporter. Il est nécessaire de prendre en compte le pouvoir tampon du sol vis-à-vis du pH comme, par exemple, l'indicateur de taux de saturation », explique Catherine Maudet, du service végétal de la chambre d'agriculture de Vendée. Le taux de saturation (S/CEC) est la somme de quatre cations (Ca2+, Mg2+, K+, Na+) divisée par la capacité d'échange cationique (CEC Metson) à pH 7.


Un taux de saturation faible (50 % par exemple) signifie une présence forte des protons H+ sur le complexe argilo-humique du sol et donc un pH acide. Avec le pH et le taux de saturation en main grâce à l'analyse de sol, on peut établir une stratégie de redressement du pH ou de simple entretien, voire pas d'apport du tout de produit d'amendement. « Dès lors que la CEC est saturée par 75 % de calcium, nous conseillons de ne pas chauler, donne comme exemple Catherine Maudet. Aller au-delà de cette valeur est du luxe pour le sol et pour le portefeuille ! »


DIVERGENCE DE PRÉCONISATION


À ce titre, la conseillère agricole va à l'encontre des préconisations des industriels qui peuvent recommander l'utilisation de produits cuits (et coûteux) pour des pH de l'ordre de 6 ou de S/CEC de 75 %. Olivier Peltier juge « minimaliste » les discours d'une certaine prescription (quelques spécialistes des chambres d'agriculture ou d'Arvalis) « qui a tendance à promouvoir les produits bas de gamme, peu chers sans tenir compte de leur efficience. Or, ce qui compte, ce n'est pas seulement le coût du produit apporté mais aussi ce que l'on peut en attendre à la récolte en termes de rendement et de qualité. Nous considérons qu'à des pH de 6,5 ou de 7, il y a encore des gains de productivité et de qualité à obtenir au travers de l'amendement basique. » L'agriculteur est seul décideur pour soigner ses marges : au travers d'une économie de charges ou d'un objectif de rendement maximum.

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