Réussir Grandes Cultures 21 mars 2013 à 14h15 | Par Marie-Dominique Guihard

agriculture de conservation - Gagner en potentiel agronomique, c'est possible

Grâce au non labour et à une implantation massive de couverts en interculture et dans la culture, Frédéric Thomas a augmenté le potentiel agronomique de ses terres de Sologne.

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1996 - La parcelle sableuse du Pré des Fontaines est sèche l'été et hydromorphe l'hiver. Son potentiel est estimé à 50 q/ha pour le blé et 70 q pour le maïs. (© F. Thomas) 2003 - Le premier couvert est implanté alors que la technique du semis sans labour a démarré l'année précédente. Ce n'est pas une réussite au départ. © F. Thomas 2005 - La technique reste encore à améliorer. © F. Thomas 2006 - La biomasse de ce couvert à base de tournesol et pois atteint 4,5 tonnes de matière sèche/ha. L?orge a été la première culture semée dans cette verdure. © F. Thomas Printemps 2009 - La technique du semis sous couvert est au point. Ici, il s'agit d'un semis de maïs. © F. Thomas Automne 2009 - Le potentiel agronomique du maïs s'améliore. © F. Thomas 2010 - Le colza est semé avec de la vesce. Les deux sont récoltés : le premier pour la vente, la deuxième en multiplication de semences. © F. Thomas 2012 - La parcelle sableuse du Pré des Fontaines a assuré un rendement de 97 q/ha. © F. Thomas
Qui n'a pas déjà assisté à l'une des conférences de Frédéric Thomas sur l'agriculture de conservation ? S'il répond patiemment aux nombreuses questions très techniques de ses confrères agriculteurs, c'est qu'il sait de quoi il parle. Alors qu'il habite dans le Finistère, Frédéric Thomas a repris la ferme de son père en Sologne en 1996. Comme les sols typiques de cette région, la terre sableuse et le sous-sol argileux impénétrable ont tendance à se prendre en masse l'été avec la sécheresse et à devenir hydromorphe l'hiver.

D'après les données régionales, la réserve utile n'y dépasse guère les 25 millimètres et le taux de matière organique ne franchit pas les 1 %. Quinze ans plus tard, l'agriculteur a réussi, selon lui, a augmenté la réserve utile à 150- 200 millimètres. La preuve, cette année, il a récolté sans l'aide de l'irrigation 375 quintaux de maïs sur quatre hectares, des dégâts de gibier et sangliers ayant détruit une partie de la parcelle pour 25 quintaux. « Je n'aurai jamais pensé atteindre les 100 quintaux/hectare sur ces terres-là, s'étonne-t-il. Tout au plus, je tablais sur 80 quintaux au maximum.Mais depuis quelques années, cet objectif est souvent dépassé. »

DES DÉBUTS DIFFICILES

Frédéric Thomas explique cette performance par plusieurs années de pratique de l'agriculture de conservation, technique qu'il s'est employé à divulguer à travers l'association Base qu'il a créée en 2001. Le Solognot s'est en fait nourri de ses expériences vécues et des contacts permanents qu'il a maintenus aux États- Unis, en Australie et en Nouvelle-Zélande où se pratique la technique sans labour. Le semis direct a donc remplacé la charrue. Le maïs est semé avec un monograine Gaspardo. Un apport massif de matière organique est réalisé à raison de 30 tonnes de compost tous les trois ans. Et les premiers couverts végétaux ont été semés en 2003 en s'inspirant des travaux du brésilien Adenio Calegori qu'il avait étudié alors qu'il était étudiant à Agro- ParisTech. « Leur implantation a été difficile, souligne-t-il. La première année, j'ai obtenu tout au plus quelques centaines de kilos de matière sèche à l'hectare. »

Au fil des années, la productivité des couverts progresse. Elle se situe à 4-5 tonnes de matière sèche par hectare en 2004 avec un mélange de tournesol, lupin, et moutarde. L'année suivante, le couvert a même produit 5,8 tonnes de matière sèche par hectare avec 160 unités d'azote dans les parties aériennes, le reliquat étant de 38 kilos d'azote. « Même en 2007, où les conditions d'implantation en juillet ont été difficiles avec la sécheresse, nous avons réussi à obtenir en trois mois une certaine quantité de biomasse avec un mélange de petits pois et cameline », se souvient-il.

ASSOCIATIONS D'ESPÈCES

C'est à partir de 2006 que l'agriculteur teste le semis sous couvert, suite aux travaux effectués par un agriculteur américain, Steven Graff, en partenariat avec l'association américaine Sare(1) qui lance dans les associations d'espèces. « Avec le colza associé à un mélange de lentilles, tournesol, pois, soja, vesce et sarrasin (récolte vesce + colza), je n'ai pas eu besoin de désherber en 2011. Cette pratique présente aussi un énorme avantage : en cas de fortes chaleurs, le couvert permet de conserver une fraîcheur près du sol. Or au-delà de 38 °C, les racines ne peuvent plus puiser l'eau. » Autre intérêt : en semant du blé et de la vesce dans des repousses de colza, il n'est pas nécessaire de traiter les limaces même si elles sont en abondance. Les limaces colonisent d'abord le colza, ce qui laisse le temps à la vesce et au blé de se développer.
Il faut le reconnaître : la réussite n'est cependant pas toujours au rendez-vous. En 2006, avec la chaleur, la féverole est complètement grillé en juin. La parcelle se salit. « Ce n'était qu'un champ de chénopodes et de matricaires, note l'agriculteur. Nous avons alors implanté un nouveau mélange et semé l'orge sans détruire le couvert. »

La réduction des produits phytosanitaires est évidemment l'un des objectifs de Frédéric Thomas. « Mais je ne suis pas un 'antitout'. L'agriculteur doit gérer en permanence des compromis. S'il est nécessaire de travailler le sol, nous le ferons. L'application d'un antilimace est devenue rare sur l'exploitation depuis que nous pratiquons les cultures associées.Mais en 2007, la pression était trop forte, nous avons dû traiter.»

ENCORE DES MARGES DE PROGRÈS

Après quatorze ans de pratique, Frédéric Thomas estime que la structure du sol s'est améliorée moins vite qu'il ne le pensait. En revanche, la capacité des racines à puiser en profondeur a fortement progressé. Mais beaucoup de questions restent en suspens. « Avons-nous encore de nouveaux couverts à découvrir ? Faut-il apporter de la magnésie dans un sol où elle est abondante en surface, naturellement riche en profondeur, mais absente dans les 10 à 25 centimètres du sol ? Comment localiser la fertilisation sur le rang quand on réalise un semis sous couvert ? », se demande-til. Frédéric Thomas compte aujourd'hui sur les chercheurs pour développer ses connaissances, comprendre le système pour encore l'améliorer.

Mieux coloniser le sol, c'est mieux valoriser l'eau

Au-delà du développement de la biomasse en surface, les couverts jouent un rôle prépondérant sur l'exploration des racines en profondeur. Celles-ci arrivent à franchir la couche d'argile imperméable. Les profils culturaux indiquent que les racines colonisent désormais plus d'un mètre, voire 1,50 mètre de profondeur, alors qu'elles étaient arrêtées à quelques dizaines de centimètres il y a quinze ans. « L'eau contenue dans les interstices argileux est maintenant pompée par les racines grâce aux galeries tracées par les vers de terre, explique Frédéric Thomas. Grâce à cette amélioration du fonctionnement racinaire, je suis de plus en plus convaincu que l'irrigation sur l'exploitation n'est pas nécessaire. »

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