Réussir Grandes Cultures 19 janvier 2016 à 08h00 | Par Christian Gloria

À bas volume les adjuvants tirent les fongicides vers le haut

C'est dans les stratégies de traitement fongicide à bas volume couplées à de faibles doses de produits que les adjuvants trouvent tout leur intérêt. La preuve par le terrain au Gaec du Grand Ganiage et avec les essais Arvalis.

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- © Gaec Grand Ganiage

Ça fixe, ça étale, ça améliore la pénétration ! » Nicolas Chambrette utilise des adjuvants avec les fongicides depuis qu'il est passé au bas volume. « Avant 2009, je traitais à 100 l/ha ; je n'utilisais pas d'adjuvants et je suivais les préconisations de la chambre d'agriculture. Maintenant, j'applique un volume de 30 à 50 l/ha pour les traitements fongicides avec un dosage d'adjuvant proportionnel au volume d'eau. » Nicolas Chambrette est agriculteur à Nesles-et-Massoult en Côte-d'Or. Dans ses pratiques de bas volume, il suit les conseils de Vincent Franquet d'Agri-Conseil, le spécialiste en la matière en France.

Le traitement à bas volume optimise le temps consacré aux applications puisque le céréalier peut traiter jusqu'à 100 hectares à l'heure avec son pulvérisateur de 40 mètres (Artec F40 de 5000 l) et une vitesse de passage à 25 km/h (un peu moins sur des colzas en fleur). Les conditions de traitement ont intérêt à être idéales. L'agriculteur travaille donc souvent en nocturne avant 8 heures du matin, à un moment où il y a absence de vent, un minimum de risque de dérive et une hygrométrie élevée. Il ne fait pas de traitement fongicide à moins de 70 % d'hygrométrie.

Nicolas Chambrette utilise le produit Emulsol comme adjuvant « qui a surtout pour effet d'augmenter la pénétration des produits », souligne-t-il. Il ajoute un autre produit, Epso Top. Ce n'est pas un adjuvant à proprement parler mais un fertilisant fournissant soufre et magnésium. Il apporte en plus un effet hygroscopique sur les gouttelettes. « Celles-ci restent en phase aqueuse plus longtemps ce qui laisse davantage de temps pour le transfert des produits à l'intérieur des feuilles », explique l'agriculteur. Le produit Emulsol coûte la bagatelle de 6,5 euros le litre, avec une dose d'emploi de 0,05 litre pour un volume de bouillie de 100 l/ha. À 50 l/ha avec les fongicides, Nicolas Chambrette réduit la dose d'Emulsol de moitié (0,025 l) pour conserver la même proportionnalité d'adjuvant dans un volume d'eau, et donc les effets du produit.

- © Infographie Réussir

Pas d'interaction positive entre volume et adjuvant à 150 l/ha

Le producteur travaille avec Arvalis sur différentes expérimentations. L'effet des adjuvants est bien connu avec les herbicides, moins avec les fongicides. L'institut technique a planché sur la question au travers de multiples essais. Premier constat : « L'interaction volume x adjuvant est positive à bas voire ultra bas volume (65 et 30 l/ha) mais elle est nulle à 150 l/ha", présentait Thierry Denis, ingénieur Arvalis à l'occasion du rendez-vous Pulvé au champ qui s'est tenu en Côte-d'Or le 21 mai 2015. Sur une compilation de 33 essais entre 2010 et 2012, on note effectivement un gain significatif de rendement brut à 65 l/ha avec des adjuvants (Héliosol et Epso Top) comparé au même volume sans adjuvant alors qu'il n'y a pas de différence entre ces deux modalités à 150 l/ha. Ce constat donne raison à Nicolas Chambrette.

La stratégie de l'agriculteur s'accompagne d'une réduction de dose substantielle de fongicide par application et d'une augmentation de la cadence de traitements. Ainsi, avec parfois des doses réduites à moins de 10 % de la dose pleine (N), Nicolas Chambrette n'hésite pas à passer cinq ou six fois sur une parcelle contre les maladies foliaires. La diminution de dose signifie une persistance d'action plus courte après traitement et donc la nécessité de raccourcir les délais entre chaque passage. « Les adjuvants compensent un peu les diminutions de doses sur les efficacités des fongicides, remarque Thierry Denis. À 65 l/ha, ils apportent jusqu'à 2,5 q/ha de gain en rendement brut sur les petites doses (N/2) fractionnées en cinq passages, sur une forte nuisibilité de maladie par rapport à un même programme sans adjuvants. »

Le traitement de nuit, comme pratiqué par Nicolas Chambrette, offre des conditions optimales en termes de vent et d'hygrométrie.
Le traitement de nuit, comme pratiqué par Nicolas Chambrette, offre des conditions optimales en termes de vent et d'hygrométrie. - © J.-C. Gutner

 

Adjuvants avec les petites doses et à forte pression maladie

Les essais Arvalis montrent en outre que la stratégie bas volume à cinq traitements à dose N/2 avec adjuvants présente un même niveau de rendement brut qu'un programme classique à trois traitements à pleine dose et sans adjuvant (résultat de 23 essais à forte nuisibilité). Ces différences sont moins évidentes ou n'apparaissent plus sur des situations de faible pression de maladies où le fractionnement et les adjuvants ont peu d'intérêt dans un programme fongicide.

« Dans l'optique demain de diviser les phytos par deux, la meilleure modalité (en termes de rendements nets) dans les situations de forte nuisibilité pourrait devenir les cinq traitements à dose N/2 avec adjuvants grâce à leur effet de compensation sur les petites doses, remarque Arvalis sur la base de ses essais. Mais la collecte régionale (rendements bruts) pourrait baisser de 3 à 4 q/ha », ajoute l'institut. Un résultat qui ne satisfera pas les opérateurs.

 

Voir aussi article " Attention aux résistances avec les minidoses "

- © Infographie Réussir

Chiffres clés du Gaec du Grand Ganiage sur le plateau du Chatillonais

. 3 frères associés Nicolas, Pierre-Henri, Vincent Chambrette

. 1 salarié

. 700 ha colza, blé tendre, orges (hiver et printemps) ; un tiers de chaque dans l'assolement + un peu de légumineuse (20 à 30 ha/an)

. SARL de travaux agricoles et travaux publics

. 50 à 90 q/ha en blé tendre entre des argilo-calcaires très superficiels et des limons argileux assez profonds

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